Couvrez ces courbes que je ne saurais voir!

Un film africain passe dans mon bus qui se dirige vers Dar Es Salaam, la capitale de la Tanzanie. C’est la deuxième fois que je vois le début du film. En effet, à chaque choc un peu trop violent dü à la conduite rapide du chauffeur, le DVD se remet à zéro, dans l’indifférence totale des passagers. Je suis hypnotisée par le film. Je ne sais pas si c’est à cause de l’ennui, de la fatigue ou parce que je n’ai pas vu de télévision depuis longtemps, mais en tout cas ce n’est pas pour l’intérêt de l’histoire.

Pour résumé, il s’agit d’une jeune femme, belle et riche qui tombe amoureuse d’un vendeur ambulant. Un remake africain de l’histoire d’amour entre Rose et Jack (Titanic) qui se battent contre leurs classes sociales, mais sans le paquebot qui coule !

Ce qui me surprend le plus ce n’est pas la qualité de la réalisation, qui me fait penser à mes films de vacances, mais plutôt l’héroïne. La belle du film. La belle est une Africaine (sûrement du Nigéria, puisque qu’on surnomme ce pays Nollywood), petite, très enrobée et coquette. Tous les hommes du film sont en admiration devant sa beauté. Je suis amusée. Pourrait-on voir cela dans un film en occident : la belle peut-elle être très ronde ?

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Résultat recherche Google « Actrice Tanzanie »

Arrivée à mon hôtel, je feuillette un magazine féminin européen laissé dans mon hôtel par une touriste. C’est affligeant de voir comment pour vendre un habit, les publicitaires mettent en avant des femmes à la silhouette longiligne qui font la gueule. Surtout ne pas sourire, ce serait dommage de montrer que le mannequin est heureux ! Elles se ressemblent toutes. Une beauté stéréotypée. Elles correspondent à des critères bien précis, je ne vais pas les lister, on les connaît puisqu’on espère toutes secrètement les atteindre.  Ici, la notion de beauté est différente. Une femme belle doit être en bonne santé, bien manger et donc avoir des formes.

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Publicité d’une marque de lingerie américaine.

A Zanzibar, je rencontre deux sœurs suédoises dont l’une a des hanches à faire pâlir d’envie Kim Kardashian. Elle me raconte que plusieurs fois pendant son voyage, des hommes l’ont complimentée sur ses fesses imposantes. Elle ne s’est pas offusquée, elle a compris qu’ici c’est un compliment.

IMG_9242 (2)Pour mieux comprendre les critères de beauté qui séparent nos cultures, je pars interroger une experte de la beauté. Une trentenaire qui travaille dans un salon de beauté de Stone Town, la capitale de Zanzibar. Fatima répond à mes questions. J’apprends que si les courbes des femmes sont un avantage certain en termes de séduction, les jeunes générations préfèrent de plus en plus les femmes minces, à l’image des occidentales, mais toujours avec des fesses rebondies.

Le Diktat de la beauté universelle aurait touché l’Afrique!  A Zanzibar, j’ai du mal à l’observer puisque les femmes sont cachées derrières de longues robes et des voiles colorés. L’île est à 97% musulmanes et rares sont les femmes qui ne respectent pas le port du voile.

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Dalla-dalla garé près d’un arbre, en attendant qu’il se remplisse.

Dans le « dalla-dalla » (bus local) qui m’amène vers les Nord de l’île et une de ses plages paradisiaques, je suis fascinée par ces femmes à la chevelure cachée par des foulards multicolores mais dont le visage est maquillé délicatement par du khol sous les yeux et du rouge à lèvre. Le sac à main et les bijoux sont souvent assortis à leur Khanga (tissu africain qui leur sert de foulard et paréo). Elles sont coquettes. Bien plus que moi, avec mon pantalon de randonnée et mon t-shirt à manches longues qui n’a plus de formes. Elles me scrutent comme je les observe discrètement. Elles sont timides, et les voiles derrière lesquels elles se camouflent, rendent encore plus difficile la connexion entre nos deux mondes.

Arrivée sur la plage de sable blanc qui est peu à peu envahie par l’eau turquoise qui monte, il n’y a que les occidentales qui se prélassent en maillot de bain pour profiter de ce paradis et faire bronzer la moindre parcelle de leur corps entretenu. Les Zanzibaries attendront la fin de la journée, pour venir se promener entre copines sur le front de mer.

Finalement, le monde de la beauté est injuste. Dans les pays où pullulent les opportunités d’assouvir sa gourmandise, on attend des femmes qu’elles soient minces. Dans les pays où se nourrir régulièrement est un combat de tous le jours, on attend des femmes qu’elles aient des formes généreuses. Et si par chance elles en ont, on leur demande de les cacher!

Ps: le diktat de la beauté existe aussi pour les hommes…

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An African movie is showed in my bus going to Dar Es Salaam, capital of Tanzania. This is the second time I see the beginning of the movie. Indeed, for each violent shock we have thanks to the fast driving of the driver, the DVD is reset, in the complete indifference of the passengers. I am mesmerized by the film. I do not know if this is because of boredom, fatigue or because I have not seen television for a long time, but in any case it is not for the interest of the story. In summary, this is a young woman, beautiful and rich who falls in love with a street vendor.

An African remake of the love story between Jack and Rose (Titanic) who fight against their class, but without the liner flowing! What surprised me the most is not the quality of the direction, which makes me think about my holiday films, but the main heroin. The “beauty” of the movie. The Beauty is an African (probably from Nigeria, since the country nicknamed is Nollywood), small,fat and girly. All men of the film are in awe of her beauty. I am amused. Could we see this in a movie in the West? The beauty can she be fat?

Once at my hotel, I flip a European women’s magazine left in my hotel by a tourist. It is distressing to see how to sell a dress, advertising highlight women’s slender silhouette who look sad. Do not smile, it would be a shame to show that the model is happy! They all look alike. Stereotypical beauty. They match specific criteria, I will not list them, because we all know them as we all secretly hope to reach them. Here in Tanzania, the notion of beauty is different. A beautiful woman must be healthy, eat well and therefore have body shapes.

In Zanzibar, I meet two Swedish sisters, one of them have hips that would make jealous Kim Kardashian. She tells me that many times during her journey, men have complimented her on her massive buttocks. She was not offended, she realized that here it’s a compliment. To better understand the standards of beauty that separate cultures, I go interviewing a beauty expert. A thirty years old woman who works in a beauty salon in Stone Town, the capital of Zanzibar. Fatima answers my questions. I learned that if women’s curves are a certain advantage in terms of seduction, the younger generation prefer more and more thin women, like westerners, but always with the buttocks.

The Diktat of universal beauty have affected Africa! In Zanzibar, I’m struggling to observe this situation since women are hidden behind long dresses and colorful veil. The island is 97% Muslim and few women who do not respect the veil. In the « dalla dalla, » (local bus) which brings me to the north of the island and its beautiful beaches, I am fascinated by these women’s with multicolored scarves but whose faces are made up gently by kohl under the eyes and red lipstick. The handbag and jewelry are often matching their Khanga (African fabric that serves as a scarf and sarong). They are pretty. Much more sophisticated than me, with my hiking pants and long sleeves shirt that has no shape anymore. They scrutinize me as I quietly observed them. They are shy, and veils behind which they conceal, make the connection more difficult between our two worlds.

Arrival on the white sand beach that gradually disappeared with the turquoise water rising, there is only Westerners lounging in swimsuit to enjoy this paradise and sunbathe every inch of their maintained bodies. The Zanzibaries await the end of the day, to come and walk with girlfriends on the waterfront. Finally, the beauty world is unfair.

In countries where opportunities abound to satisfy greed, we expect women to be slim. In countries where having food is daily fight, we expect women to have generous shapes. And if by luck they do, they are asked to hide!

Ps: the dictate of beauty also exists for men …