Familia Morales

Ce matin, je monte sur mon vélo pour partir à la découverte de l’île Ometepe. L’île se situe au milieu du lac Nicaragua, l’un des plus grands lacs d’eau douce du monde, appartenant au pays du même nom.

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L’ile est chevauchée par deux volcans : Concepcion et Maderas, qui font de l’endroit un des principaux attraits touristique du Nicaragua. Près du village La Cruz, je commence mon périple à vélo en devant affronter un chemin boueux et parsemé de cailloux. La saison des pluies a commencé depuis peu, rendant la vue du volcan Concepcion, et de sa forme parfaitement iconique, capricieuse. Je suis entourée de champs de bananes et mon regard est trimballé de gauche à droite tantôt vers les baraques de bois qui longent la route, tantôt vers les deux volcans qui m’encerclent.

Entre deux coups de freins, j’aperçois un panneau au milieu de la route qui indique une association de femmes locales qui offrent des hébergements chez l’habitant. Rien ne sert de préciser que malgré la pluie qui montre son nez, je suis enchantée de cette découverte.

Je vais frapper chez la Familia Morales comme indique le panneau accroché au mur de la maison. Narcisa, ravie de me voir débarquer avec mon vélo, me propose de m’asseoir pour qu’elle puisse m’expliquer en quoi consiste l’association « Grupo de Mujeres Bosque Verde ».

L’association a connu ses débuts grâce à une ONG locale qui est venue faire la promotion de l’autonomisation des femmes dans les villages de l’île. Après leur intervention, 14 femmes des environs de Merida, créent l’association Mujeres Bosque Verde pour accueillir des touristes chez elles et donc avoir une nouvelle source de revenu.

Pendant notre conversation, il y a son mari José qui écoute. Un homme discret au regard clair, mit en valeur par son bronzage, signe de nombreuses heures passées dans les champs. Sur une autre chaise, pas très loin, Felix, l’un de leur fils est aussi présent. Il vient de finir ses études de droit. Je félicite ce jeune diplômé et je fais part à la famille de mon étonnement de voir, ici, au milieu des bananiers, dans une maison simple, un futur avocat. Narcisa m’explique qu’elle et son mari regrettent de s’être arrêtés au collège alors ils ont tout fait pour que leurs enfants étudient.

Pour payer les études de leurs trois enfants, Félix et Narcisa ont émigré 5 ans au Costa Rica pour gagner de l’argent, faute de travail au Nicaragua. Félix travaillait dans les grandes plantations industrielles de bananes et cafés alors que Narcisa faisait des ménages. Des milliers de Nicaraguayens émigrent chaque année au Costa Rica pour trouver du travail (légalement ou illégalement), faisant du Nicaragua la première communauté étrangère du pays. Néanmoins, la vie d’émigrée est difficile donc une fois les études des enfants payées, les Morales sont revenus sur leur île.

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C’est alors qu’avec d’autres femmes du village, Narcisa commence son activité de maison d’hôtes. Malheureusement, faute de savoir et de communication, Narcisa reçoit peu de touristes. Son dernier hôte remonte à trois mois. Prochainement, l’association devrait se transformer en coopérative pour être plus structurée et affronter la concurrence des hôtels.

IMG_4969Narcisa est gaie et très ouverte pour une femme qui est née et qui a (presque) toujours vécu sur son île. Chez elle, les hommes aussi mettent la main à la pâte. Elle m’explique que les femmes s’occupent de la maison, des enfants et des comptes, ce qui est en soi déjà un travail à temps plein, alors les maris se doivent de les aider. Félix est en retrait mais effectue des mouvements de tête pour montrer qu’il approuve le discours de sa femme.

Le Nicaragua se remet à peine de décennies de dictatures et de conflits internes. Malgré un tourisme en pleine extension qui voit débarquer des routards du monde entier attirés par les paysages mais aussi par les prix imbattables, le pays peine à rattraper son retard. Les désastres naturels (ouragan Mitch) et une instabilité politique font que le pays continue à être à la tête des pays les plus pauvres* d’Amérique Centrale (après Haiti). Néanmoins, le Nicaragua connaît une certaine croissance et la pauvreté diminue chaque année (en 2010 – 42% de la population vivait sous le seuil de pauvreté – World Bank).

Sans aucune surprise, tout les ratios d’inégalités hommes-femmes explosent dans ce pays. Le cas de la famille Morales où femme et homme s’occupent du foyer est une exception dans ce pays. Quelle chance d’être tombée par hasard chez eux !

IMG_4968Si vous visitez l’ile Ometepe, n’hésitez pas à vous arrêter au village de Merida et demandez l’association Grupo de Mujeres Bosque Verde. Ces femmes se feront un plaisir de vous héberger chez elles et de vous faire découvrir la vraie vie d’une famille Nicaraguayenne.

 *En 2012, le Nicaragua occupait le 129e rang sur 187 pays selon l’indice du développement humain établi par le Programme des Nations Unies pour le développement.

This morning, I get on my bike to explore the island Ometepe. The island lies in the middle of Lake Nicaragua, one of the largest freshwater lakes in the world, belonging to the country of the same name. The island is overlapped by two volcanoes Concepcion and Maderas, which make the place one of the main tourist attractions of Nicaragua.

Near the village of La Cruz, I began my journey by bike on a muddy path dotted with pebbles. The rainy season started recently, making the view of the volcano Concepcion, and its iconic shape, whimsical. I am surrounded by fields of banana and my eyes are carted from left to right from wooden houses that line the road to the two volcanoes that surround me. Between two shots brakes, I saw a sign in the middle of the road indicating an association of local women who offer homestays. Despite the rain that is going to start, I am delighted with this discovery.

I knock at the Familia Morales door as the panel hanging on the wall shown. Narcisa, delighted to see me, invites me in to explain what the association « Grupo de Mujeres Bosque Verde » is. The association begun thanks to a local NGO who came to promote women empowerment in the village. After their venue, 14 women around Merida, created the association Mujeres Bosque Verde to welcome tourists at home and therefore have a new source of income.

During our conversation, her husband José is listening. A discreet man with clear eyes, put off by his tan, sign of many hours spending in the fields. On another chair, not far, Felix, one of their son is also present. He just finished his law studies. I congratulate this young graduate and I share my astonishment to see here, amid banana trees, in a simple house, a future lawyer. Narcisa explains that she and her husband have regrets not to have studies so they made ​​sure that their children did.

To pay for the education of their three children, Felix and Narcisa emigrated 5 years in Costa Rica to earn money, lack of work in Nicaragua. Felix worked in large industrial plantations of bananas and coffee while Narcisa was a maid. Thousands of Nicaraguans migrate to Costa Rica each year to find work (legally or illegally), making Nicaragua the largest foreign community in the country. Nevertheless, the emigrant life is hard so once children’s education paid, the Morales returned to their island.

It was then that with other women of the village, Narcisa started her lodging activity. Unfortunately, because of lack of knowledge and communication, Narcisa receives few tourists. Her last host was three month ago. Soon, the association should become cooperative to be more structured.

Narcisa is cheerful and very open for a woman who was born and who (almost) always lived on the island. At home, men also get their hands dirty. She explains that women take care of the home, children and accounts, which in itself is already a full time job, so husbands should help their wife for the household tasks. Felix makes some head movements to show that he approves his wife speech.

Nicaragua is still recovering from decades of dictatorship and internal conflicts. Despite tourism in full extension with backpackers from around the world drawn by the scenery but also the unbeatable prices, the country is struggling to catch up. Natural disasters (Hurricane Mitch) and political instability make the country at the head of the poorest countries in Central America. However, Nicaragua is experiencing some growth and poverty decreases each year (2010 – 42% of the population lived below the poverty line – World Bank).

Not surprisingly, the ratios of gender inequality explode in this country. The case of the Morales family where women and men work equally at home is an exception in this country. What a chance to have meeting them!

If you visit the island Ometepe, do not hesitate to stop in the village of Merida and ask the Grupo de Mujeres Association Bosque Verde. These women will gladly accommodate you home and make you discover the real life of a Nicaraguan family.