Je suis à Puerto Guadal, en train de manger un « churrasco » (sandwich chilien) quand je rencontre Alejandro accompagné de son fils Yair. Il nous entend dire (et oui j’ai trouvé un compagnon pour quelques jours !) que nous faisons du stop jusqu’à Chile Chico.
Je suis au milieu de la Patagonie Chilienne, zone peu arpentée par les touristes à cause de sa voisine Argentine mieux développée. Il n’y a pas de bus de Puerto Tranquilo, où je suis venue voir des falaises sculptées naturellement, vers Chile Chico, ville proche de la frontière. Seule une route traverse la Patagonie Chilienne, la carretera Austral, dont la majorité du parcours n’est faite que de terre et cailloux. Nous avons donc décidé de faire du stop pour rejoindre l’Argentine. La première voiture est facile à trouver, c’est une famille belge en vacances dans la région. Laissés à une intersection, nous attendrons ensuite une petite heure, où nous verrons passer que trois voitures, avant de trouver un chauffeur qui veut bien nous déposer dans le village voisin, à Puerto Guadal.

C’est donc là, dans un village d’une centaine d’habitants, qu’Alejandro, habitant Chile Chico, entend notre conversation et se propose de nous amener à destination. Alejandro a 43 ans, il est avocat à Chile Chico mais une fois par mois, il assure une permanence dans les villages voisins (3h-5h de route), d’où sa présence à Puerto Guadal. Son fils l’accompagne, comme à chaque fois. Alejandro profite de ces visites professionnelles qui ne lui prennent que quelques heures, pour faire découvrir la beauté de la Patagonie à un de ses enfants.
Dans son pick up bleu, Alejandro n’a pas l’allure d’un avocat. C’est normal, il a fait le choix d’avoir un style de vie simple, en donnant la priorité à ce qu’il aime faire. Il a quitté sa ville natale, Santiago, pour venir s’installer avec sa femme en Patagonie. Il avait la trentaine passée quand il a laissé sa belle carrière à la capitale pour une vie au milieu des montagnes. Quand je lui demande pourquoi, il me dit simplement de bien regarder par la fenêtre. Le paysage est en effet saisissant : nous longeons depuis plusieurs heures le lac General Carrera. Lac, d’un bleu turquoise dans lequel on a envie de plonger, mais mieux vaut s’abstenir, nous sommes en Patagonie, l’eau du lac provient des glaciers voisins ! C’est donc l’une des raisons de ce changement de vie mais le facteur principal est sans doute sa famille. Alejandro a 2 enfants de 7 et 10 ans. A la manière dont il regarde son fils, on ne peut que sentir l’amour qu’il lui porte.
Il m’explique que depuis qu’il vit dans la région, son nombre d’heures au bureau a drastiquement diminué. Il est heureux car désormais il peut accompagner, à pied, ses enfants à l’école et même déjeuner avec eux le midi puisque son cabinet n’est qu’à quelques rues du domicile familial. Ce père de famille a tout d’un « papa poule », il embrasse son fils dès que l’occasion se présente. Yair est un peu excité pendant le trajet, il me prend en photo et joue avec moi ; on sent que c’est un petit garçon épanoui. Il est aussi très intelligent et curieux, cela ne me surprend guère, Alejandro répond à toutes ses questions : de la découverte de l’or dans la région, au nom de chaque pont que nous traversons.
Je suis émue par cet homme qui s’occupe si bien de son fils. Pour Alejandro, l’éducation se fait à deux, il doit tout autant que sa femme s’occuper de ses enfants. Je n’ai pas été chez lui, je ne sais pas si la parité au niveau des tâches ménagères existe dans cette famille, cependant pour l’éducation de leurs enfants, elle est réelle. Alejandro nous parlera aussi beaucoup de sa fille, elle veut devenir astronaute. Son père l’encourage, « puisque c’est ce qu’elle veut faire ».
Au moment où en France nous continuons à débattre sur les stéréotypes de genres, sans le savoir et au bout du monde, Alejandro est un bel exemple de paternité moderne : il s’occupe de ses enfants et laisse sa fille rêver d’un métier scientifique sous représenté par la gente féminine. *
*29% des chercheurs sont des chercheuses, soit moins d’un chercheur sur trois dans le monde. Source : Etude L’Oréal-Unesco Pour les Femmes et la Science
I’m Puerto Guadal , eating a » churrasco » ( Chilean sandwich ) when I meet Alejandro and his son Yair . He hears us saying (I found a companion for a few days !) that we need a car to drive us to Chile Chico . I ‘m in the middle of the Chilean Patagonia, small area surveyed by tourists because of its famous and more promoted neighbor the Argentinian Patagonia. There is no bus from Puerto Tranquilo, where I came to see the cliffs carved naturally, to Chile Chico, city close to the border. Only one road crosses the Chilean Patagonia, the Carretera Austral, which the majority of it is only made of earth and stones. Consequently, we decided to hitchhike to reach Argentina.
The first car is easy to find, this is a Belgian family on vacation in the region. Left at an intersection, we then wait an hour, where we will see only three cars before finding a driver who aggrees to drop us off in the neighboring village, Puerto Guadal . So there, in a village of a hundred people, Alejandro, Chile Chico resident, hears our conversation and offered to bring us up to destination.
Alejandro is 43 years old , he is a lawyer in Chile Chico but once a month , it provides permanence in neighboring villages (3h -5h drive), hence its presence in Puerto Guadal. His son travels with him every time. Alejandro takes advantage of these professional visits that only take him a few hours to explore at the same time the beauty of Patagonia with one of his children. In his blue pickup, Alejandro did not look like a lawyer. This is normal, he has chosen to have a simple lifestyle, giving priority to what he loves to do.
He left his hometown, Santiago, to settle down with his wife in Patagonia. He was thirty when he left his successful career in the capital for a life in the mountains. When I ask him why, he told me to just take a good look through the window. The landscape is indeed striking: for several hours we are driving around the Lake General Carrera. A turquoise lake, in which we wants to dive, but better to abstain, we are in Patagonia, the lake water is coming from neighboring glaciers! This beauty is one of the reasons for this life changing, but the main factor is probably his family.
Alejandro has 2 children aged 7 and 10 years. From the way he looks at his son, we can only feel the deep love! He explained that since he lives in the area, the number of hours spend in the office has dramatically decreased. He is happy because now he can walk his children to school and even have lunch with them because his office is only a few blocks from home. This father has everything of a « doting father « , he kisses his son as soon as the opportunity arises. Yair is a little excited during the journey, he takes pictures of me and play with me, and we feel that it is a boy blossomed. He is also very intelligent and curious, it does not surprise me, Alejandro answered all his questions from the discovery of gold in the region to the name of each bridge we passed.
For Alejandro it is important to take part in his children education. I have not been to his home, I do not know if parity in housework exists in this family, however, for the education of their children, it is real. Alejandro also talked to me a lot about his daughter, she wants to become an astronaut. His father encouraged her, « because that’s what she wants to do. » When in France we continue to discuss about gender stereotypes, unknowingly and at the end of the world, Alejandro is a fine example of modern fatherhood: he takes care of his children and leaves his daughter dreaming of a scientific profession, less represented by the female . *
* 29% are researchers , less than 1of 3 researcher in the world. Source : Study L’Oréal-UNESCO For Women in Science

