8 Mars

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Nous sommes le 8 Mars, la journée commence bien, j’ai déjà quelques messages de Bonne fête des Femmes dans mes emails et il y a un grand soleil dehors. A l’auberge, sans que je ne demande rien, ils ont mis Edith Piaf à fond sur la terrasse où je prends mon petit déjeuner. Je suis à Valparaiso, ville connue pour son port entouré de plusieurs Monts (cerros) aux maisons colorées.

Je me ballade dans le quartier bohème de ‘Concepcion’ pour ensuite descendre vers le port où une manifestation pour le droit des femmes débute à 15h. Plusieurs collectifs féministes ont organisé ensemble cette journée. Composés très majoritairement de femmes, ils installent drapeaux et pancartes aux slogans chocs : « Etre femme ne veut pas dire la même chose qu’être mère » « contre le patriarcalisme capitaliste : rébellion féministe » ou encore « le machisme tue ». Cinq organisations locales ont organisé des ateliers pour sensibiliser la population. Chacune défend le droit des femmes mais selon un angle qui lui est propre. Certaines sont politisées comme Pan y Rosa qui est rattachée au mouvement communiste ; d’autres comme Pew Ley Tain Rakizuam défendent les femmes Mapuches (communauté indienne).

Lorena
Lorena

Pendant qu’elles s’installent, je fais connaissance avec une femme assise à côté de moi sur un banc public. Lorena Osario Cuadra, 45 ans, traits marqués par la vie malgré son large sourire. Sûrement un peu rebelle, je remarque un tatouage sur son bras gauche. Elle est venue avec le plus jeune de ses 3 fils pour participer à l’évènement. Elle me raconte être veuve depuis qu’elle a 27 ans. Ce fut un moment douloureux de sa vie mais ce choc lui a permis de comprendre l’importance pour une femme d’être indépendante financièrement. Se retrouvant alors, seule, « chef de foyer », elle reprit ses études arrêtées plus tôt faute d’argent.  Elle est aujourd’hui aide-soignante à l’hôpital de Valparaiso. Elle a gagné son autonomie et est fière de me dire qu’elle est propriétaire de sa maison et de sa voiture. Ses trois garçons, me dit-elle, ont été éduqués dans la notion du respect des femmes. Son fils qui nous écoute acquiesce. Lorena m’avoue plus tard que son défunt mari a déjà essayé de la battre mais qu’elle s’était défendue. Elle a grandi avec ses cousins donc elle sait se battre – même contre un homme ! Enfin, toujours avec un grand sourire, elle m’explique que de nombreux efforts sont encore à faire au Chili, qui reste ancré dans une culture machiste, mais qu’en éduquant la génération future comme elle l’a fait, tout est possible.

Plus tard, j’en aurai la confirmation en parlant avec les responsables des organisations féministes. Elles sont remontées contre le gouvernement car les femmes n’ont pas les mêmes libertés que les hommes. « Bachelet à la tête du pays est un écran de fumée pour nous faire croire que nous sommes à égalité » m’expliquent-elles. Notre conversation est interrompue constamment par l’arrivée de nouveaux participants et par les bénévoles qui viennent poser des questions d’organisation.

Finalement, avec du retard sur leur planning, les ateliers commencent. J’assiste à un atelier sur l’éducation sexuelle. Les jeunes filles qui y assistent, s’assoient autour d’un arbre, et un membre de l’association rappelle les principes de sécurité sexuelle et le cycle féminin. Ensuite vient l’atelier d’autodéfense. La violence conjugale comme me l’a montré l’histoire de Lorena est un problème majeur dans le pays. Ces derniers mois de nombreux cas de féminicide* ont eu lieu dans le pays. De l’autre côté de la place, une exposition photo sensibilise les passants sur le thème du corps et de ses complexes.

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La journée se termine par une marche en l’honneur de l’égalité homme-femme. Les hauts parleurs crient de toutes leurs forces et la marche commence. Environ 300 personnes défilent à travers la ville, dont moi, Lorena et son fils Luis.   

*Le féminicide est le meurtre d’une femme, lorsque le mobile est le fait que cette personne est de sexe féminin. Dans plusieurs pays d’Amérique latine, le féminicide est la circonstance aggravante du meurtre, lorsqu’il est commis sur une femme par son mari ou son ancien compagnon.

In Marche 8th, the day starts well, I already ahve some messages of Happy Women Day in my mailbox and it is incredibly sunny outside. At my hostel, without asking they turn on the music with Edith Piaf singing loudly during I am taking my breakfast on the terrace. I’m in Valparaiso, city known for its harbor surrounded by several mountains (cerros) with colorful houses.

I walk down by the bohemian ‘ Concepcion ‘ quarter to the port where a demonstration for women’s rights starts at 3pm. Several feminist collectives jointly organized the event. Composed overwhelmingly of women, they set flags and billboards with shocking slogans : « Being a woman does not mean the same as being mother », « against the capitalist patriarchy : feminist rebellion  » or  » machismo kills ». Five local organizations have organized workshops to raise awareness . Each defends the rights of women, but from different point of view. Some are politicized, as Pan y Rosa which is attached to the communist movement, and others like Pew Ley Tain Rakizuam defend Mapuche women (Indian community).

While they settle the place, I talk with a woman sitting next to me on a park bench. Lorena Osorio Cuadra, 45, faces marked by life despite her large smile. Probably a little rebellious ; I noticed a tattoo on her left arm. She came with her ​​youngest son to participate to the event. She tells me that she has been a widow at 27 years old. It was a painful moment of her life but it has allowed her to realize the importance for women to be financially independent. Then, finding herself alone to raise her 3 children, « single head of household », she continued her studies arrested earlier for lack of money. She is now a nurse’s aide at the hospital of Valparaiso. She won her independence and is proud to say she owns her home and her car. Her three sons, she said to me, were educated in the respect of women. His son is listening to us and he agrees. Lorena tells me later that her past away husband tried several time to bit her but that she defended herself. She grew up with her cousins ​​so she can fight – even against a man! Finally, still smiling, she tells me that many efforts are still needed in Chile that remains a macho culture, but by educating the next generation as she did, everything is possible.

Later, I’ll have confirmation talking with leaders of women’s organizations. They are revolted against the government because women do not have the same freedoms as men. » Bachelet as head the country, is a smokescreen to make us believe that we are equal « they explain me. Our conversation is constantly interrupted by the arrival of new participants and volunteers who come asking questions about organization.

Finally, with a delay on their schedule, workshops begin. I attend a workshop on sexual education. Girls who attend sit around a tree, and a member of the association recalls the principles of safety and female sexual cycle. Then, comes the self-defense workshop. Domestic violence as show Lorena’s story, is a major problem in the country. In recent months many cases of femicide * took place in the country. On the other side of the square, a photo exhibition educates passersby on body relationship. The day ends with a walk in honor of gender equity. Loudspeakers shouting, the walk begins. About 300 people walk through the city, including me, Lorena and her son Luis.

* Femicide is the murder of a woman, when the mobile is the fact that the person is female. In several Latin American countries, femicide is the aggravating circumstance of murder, when committed on a woman by her husband or former partner.