Je déjeune en terrasse au 2ème étage du marché central de La Serena (Chili) d’où je peux apercevoir la rue vivante de cette ville du pacifique. Un stand de fruits attire mon regard, 4 femmes y travaillent.
Rosa, la plus bavarde me raconte que c’est un stand de rue familial. Les femmes qui s’y trouvent viennent de la même famille : Betty, Louisa, Nicole et la dernière arrivée Florancia (2 mois). Elles ne vivent pas ensemble mais elles se rejoignent tous les matins pour s’occuper de leur échoppe. Leurs maris, eux, sont « au travail » ; je n’en saurai pas plus. Elles ne produisent pas leurs fruits, elles les achètent puis les réemballent pour les revendre sur ce bout de trottoir qu’elles louent à la propriétaire de la maison voisine. C’est Louisa la responsable de l’échoppe, elle est pourtant la plus discrète.

Rosa a 52 ans, elle est séparée du père de ses enfants mais a retrouvé depuis peu un compagnon me dit-elle avec un grand sourire. Elle précise qu’elle n’est pas « divorcée » mais « séparée ». Le divorce qui a été autorisé il y a seulement 10 ans au Chili, reste une procédure coûteuse, de nombreuses femmes issues des milieux populaires ne peuvent donc pas y avoir accès.
Betty, cheveux grisonnants et regard malicieux, rigole à chacune de mes questions. Elle travaille ici depuis des années. Elle a grandi à La Serena et y est restée. Elle ne sait pas où se trouve la France, c’est sa nièce Nicole qui lui dit que c’est là où il y a Paris. « Ah ! Paris ! ». Nicole a 17 ans, elle a récemment donné naissance à la petite Florencia. Elle a arrêté l’école il y a un an quand elle est tombée enceinte*. Elle ne regrette pas, elle n’aimait pas ça. De toute façon, marchande de fruits c’est de mère en fille ; sa mère c’est Louisa. Au Chili, l’école coûte cher. Le système éducatif a été semi-privatisé et décentralisé pendant la période de Pinochet. Les élèves de milieu modeste ont souvent du mal à se payer l’entrée à l’université, augmentant les inégalités au sein de la société Chilienne. De grandes manifestations ont eu lieu en 2013 pour défendre une école accessible à tous. La gratuité des études est une des mesures du programme pour lequel M. Bachelet a été élue récemment. Elle revient au pouvoir dans quelques semaines, reste à voir si elle tiendra sa promesse.
Quant à Florencia, à peine venue au monde, elle passe déjà ses journées près de l’étale avec sa mère, sa grand-mère et ses tantes. Aura-t-elle le droit à un autre destin ?
*Le Chili est le seul pays d’Amérique Latine a totalement interdire l’avortement.
During a lunch at the Snd floor of the central market of La Serena (Chile), I can see the lively street of this city of the Pacific. A fruit stand catches my eyes: 4 women are working there. Rosa, the most talkative, tells me that this is a family street stand.
Women who are there come from the same family: Betty, Louisa, Nicole and the latest venue Florancia (2 months). They do not live together but they meet every morning to take care of their shop. Their husbands are “at work”, I won’t know more about it. They don’t produce fruits, they buy them then repackage and resell them on the sidewalk. Louisa, despite her shyness, is the head of the activity.
Rosa is 52 years old, she is separated from the father of her children but has recently found a companion, she said me with a big smile. She explains that she is not “divorced » but » separated”. The divorce was allowed only 10 years ago in Chile, but it remains a costly procedure. Many women from popular area cannot afford such costs.
Betty, graying hair and mischievous eyes, is laughing to each of my questions. She has worked here for ages. She grew up in La Serena and lives there. She doesn’t know where France is. It is her niece Nicole, who told her that it is where there is Paris. “Ah! Paris! » . Nicole is 17 years old, she recently gave birth to the little Florencia. She stopped going to school one year ago, when she became pregnant*. She has no regret, she did not like it. Anyway… selling fruit is in her blood; her mother is Louisa. In Chile, the school is expensive. The education system was semi- privatized and decentralized during the Pinochet period. Students from poor families often struggle to pay for university fees, increasing inequalities in Chilean society. Large demonstrations were held in 2013 to defend “A school accessible to all”. Free education is on the program for which Me Bachelet was recently elected. She will return to power in a few weeks, we will see if she reaches its promise.
For Florencia, just born, she is already spending her days near the slack with his mother, his grandmother and aunts. Will she have access to another destiny?
* Chile is the only Latin American country that has totally ban abortion.


