Honorine Gallou-Nédelec

Honorine est ma grand-mère, cette biographie est faite à partir de morceaux d’histoires qui m’ont été racontés. Le projet porte le nom de cette femme qui sera épouse, mère et femme autonome à la fois. Pour son époque, Honorine a fait preuve d’indépendance et de caractère tout le long de sa vie.

Honorine naît le 6 Novembre 1922 dans une famille de douze enfants dont elle sera la troisième. Son père, Pierre, est un travailleur polyvalent. Il travaille comme maçon, tailleur de pierre ou encore ouvrier dans les grandes fermes de la région. Sa mère, Jeanne l’est tout autant puisqu’elle sera laveuse, accoucheuse, ou encore nourrice.

La grande famille vit dans une maison sommaire. Il faut à la famille imagination et organisation pour que chacun ait une place où dormir. Les aînés se retrouvent dans le grenier à dormir sur des couettes en balles de foin faits maison ; les derniers sont, quant à eux, cantonnés à partager un lit étroit où ils dorment tête-bêche. Les parents dorment dans la cuisine, près du feu, dont il faut s’assurer le fonctionnement pour réchauffer la maison. La cheminée sert aussi à chauffer l’eau du puits de la ferme voisine, pour se laver.

Honorine effectue tous les jours 4,5Km à pied, dans ses sabots de bois, pour se rendre à l’école des sœurs à Kerauzern. Elle n’aime pas les sœurs qui enseignent avec sévérité. Elle se fait souvent réprimander à cause de son fort caractère mais aussi parce qu’elle aime parler Breton. A l’époque l’état Français interdit l’utilisation de cette langue à l’école. Honorine et ses amis doivent régulièrement porter leurs sabots autour du cou, et répéter en français qu’il est interdit de parler breton. Elle quitte l’école a 12 ans pour travailler dans les fermes avoisinantes avec ses parents et épauler sa mère à la maison.

La seconde guerre mondiale éclate quand Honorine a 17 ans. La Bretagne est occupée par les Allemands de 1940 à 1945, c’ est l’une des régions les plus occupées de part la situation stratégique de son littoral. Honorine est forcée à travailler pour les Allemands au manoir de Kerauzern mais choisit rapidement de rejoindre sa sœur dans un restaurant de Plouberze. La Bretagne est aussi un territoire d’intérêt pour les alliés et la résistance. Dans la région de Lannion, il existe plusieurs groupes de résistance auxquels Honorine participe ponctuellement, pour transmettre des messages ou objets. C’est en fréquentant ce milieu, qu’elle entend parler d’un jeune résistant, qu’elle a déjà rencontré lors d’un bal clandestin, qui a besoin d’être caché. Elle convint ses parents de le cacher dans leur grenier. Il restera bien plus longtemps que prévu puisqu’ils se marièrent le 15 Avril 1944. Honorine a 24 ans, François en a à peine plus.

Mariage Honorine +francois

En 1945, Honorine donnera naissance à son premier enfant, Michel. S’en suivra trois autres naissances : Jean-Pierre, Ginette et Claudine. François s’est engagé dans l’aéronaval. Il est pilote radio et est envoyé pour des missions de plusieurs mois un peu partout dans le monde. Honorine est donc souvent seule pour élever ses enfants, un travail difficile au quotidien, d’autant plus que Claudine est née avec un handicap moteur.

L’escadrille de François est envoyée pour une mission de plusieurs mois en Algérie en 1954. Il décide de faire venir sa famille. Pour Honorine qui n’a jamais quitté sa Bretagne,  c’est une aventure. La famille habite une résidence en bord de mer vers Dar El Beida, un paradis pour les enfants. Honorine, qui souffre de problèmes de peau, doit se faire accompagner d’une fatma pour gérer la maison. Elle se sent privilégiée et s’offusque de la distance qu’il peut y avoir entre français et algérien.  Cette différence de traitement lui rappelle son enfance, où elle se sentait méprisée venant d’une famille pauvre. Sa maladie s’aggravant, elle fait venir Andrée, sa jeune sœur, pour l’aider. Elle combat l’hadicap de sa fillle en la traitant comme ses autres enfants et en la forçant à se baigner dans l’eau de mer tous les jours. Claudine arrivera à marcher vers ses 3 ans.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

À la fin de l’année 56, Honorine, ses enfants et Andrée rentrent en Bretagne. Peu de temps après, François en fait de même. La vie reprend. Fait encore assez rare, Honorine apprend à conduire, elle désire plus d’indépendance. Etre autonome.

 

SCAN0004A 37 ans, Honorine attend un dernier enfant, Gilles. Quelques années plus tard, François est un jeune retraité de la Marine, mais ayant une famille de cinq enfants à sa charge, il retrouve du travail. Les débuts de cette nouvelle vie sont difficiles. Honorine avait l’habitude de gérer la maison seule, François étant souvent en mission auparavant.

Puis, peu à peu, les aînés quittent le domicile familial à cause de leurs études ou pour fonder leur propre famille. En dépit de sa santé qui se détériore, Honorine continue son rôle de mère, en s’occupant de Claudine et Gilles. Elle devient grand-mère en 1975, pour son plus grand bonheur.

Malheureusement, ce fut un court moment de réjouissance puisqu’on lui décèle un cancer peu de temps après. Malgré son fort tempérament et son traitement, elle décède le 26 Février 1977 à l’âge de 53 ans.