Hey, Mzungu!

Je continue de parcourir les pays d’Afrique de l’Est. Moins d’articles, pourtant il y aurait beaucoup d’histoires à raconter sur les femmes et pléthore d’organisations à rencontrer. Mais certaines choses ont freiné mon enthousiasme.

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Premièrement, la frontière est tellement énorme entre moi et la population locale, qu’il est difficile de discuter avec les femmes de la région. Soit on ne parle pas la même langue, soit elles ne savent pas répondre à mes questions car nous n’avons pas la même éducation.  Deuxièmement, entendre constamment : « Hey, Mzungu, give me money! » *L’étrangère/ la blanche, donne-moi de l’argent!*, me coupe radicalement l’envie d’engager la conversation. Enfin, il y a tellement d’organisations humanitaires, que le concept d’aide au développement m’a un temps dégouté…

En arpentant les villages et villes de ces beaux pays, on voit un nombre impressionnant d’associations présentes. Que ce soit à Lilongwe, Dar es Salaam ou Arusha, il y a un flux incessant de 4*4 immaculés appartenant aux ONG, aux agences de développement international et à l’ONU. Pourtant aucun des pays que j’ai parcouru n’est en guerre ou en conflit. Ces organisations sont là pour aider au développement des populations locales. Certaines viennent en aide aux femmes, d’autres se spécialisent dans le développement de l’agriculture locale, d’autres dans le médical ou dans l’environnement…

Il y aussi dans les auberges que je fréquente une nouvelle sorte de voyageur : les voyageurs bénévoles. Venant du monde entier, ils offrent leur service à des associations pour enseigner ou encore travailler dans des hôpitaux pendant quelques semaines. Certains programmes sont efficaces mais certains sont éthiquement discutables à cause de l’importante somme d’argent demandée aux participants.

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Merylisena a 30 ans, elle vit à Moshi, ville du Nord de la Tanzanie, accès principal au fameux Kilimandjaro. Elle travaille en tant que couturière pour une association qui soutient les sourds de la région. Un de ses amis Ali, me sert de traducteur. Avec l’association qui fonctionne grâce aux dons internationaux, elle a appris un métier : la couture (original pour une femme, non ?). Elle vend désormais ses produits artisanaux aux touristes venus se dégourdir les jambes sur le « toit de l’Afrique ».

Elle a grandi à Moshi et est allée à l’école grâce au soutien d’une ONG qui enseigne aux enfants à déficience auditive. Elle me raconte qu’en Tanzanie, il n’y a pas vraiment de discrimination envers les sourds, « juste de l’ignorance ». Sa sœur jumelle est aussi malentendante. Heureusement pour elles, elles sont issues d’une famille moyenne. Leur père est ingénieur et leur mère travaille au marché. Je dis « heureusement » car l’état tanzanien ne s’occupe pas des malentendants. Si un enfant naît dans une famille sans moyens ou connaissances, il n’ira donc pas à l’école, ne travaillera pas et sera surement coupé du monde.

Merylisena est très souriante et heureuse que je m’intéresse à elle. Quand je lui demande ce qu’elle aurait aimé faire dans la vie (ben oui, j’aurai quand même voulu qu’elle fasse autre chose que de la couture!), elle est incapable de me donner une réponse et me dit simplement qu’elle fait ce que Dieu lui a donné. Elle est très croyante. Elle va tous les jours à la messe. En Afrique, les jeunes n’ont souvent même pas de rêve, ils prennent ce qu’on leur donne.

Merylisena n’est toujours pas mariée et n’a pas d’enfant, ce qui est assez rare ici à son âge. Mais, elle m’avoue intimidée qu’elle a un petit ami. J’imagine qu’elle l’a rencontré grâce à l’association, mais je n’en saurais pas plus, Merylisena est prise par une rire nerveux, de pudeur.

La vie de Merylisena aurait été complètement différente sans l’aide internationale. Certes, voir toutes ces ONG écœure de nombreux voyageurs, mais quand on voit le sourire de Merylisena, on se dit qu’ils ont raison de s’impliquer.

Ce n’est pas les organisations de développement qu’il faut critiquer mais les politiques qui ne font pas leur travail. J’ai vu sur la route d’un parc où l’entrée coûte 100$ la journée, un rond point financé par l’UE : mais où va donc l’argent du gouvernement ? L’Afrique est pleine de potentiel, mais rongée de l’intérieur par la corruption. Dommage que ses dirigeants préfèrent s’enrichir personnellement plutôt que de s’occuper du bien-être de leur peuple!

NB : Au moment de la rédaction de cet article, un scandale a éclaté en Tanzanie, plusieurs politiques sont impliqués dans une affaire de corruption atteignant 250 millions de dollars (Mag Jeune Afrique).