Dalitso vit dans un village avec ses parents. Elle a un frère jumeau Chipiliro. Dalitso est confrontée a une sitution difficile chez elle.
- « Chipiliro dépêche-toi ! » dit sa mère, « Dalitso te rejoindra plus tard. ».
Chipiliro part à l’école, Dalitso finit de faire la vaisselle.
- « J’y vais maman, je suis déjà en retard »
- « Bonne journée ma fille, et rappelle- toi de te lever plus tôt, et comme ça tu t’habitueras pour quand tu seras mariée. »

Cette histoire je n’en ai pas été témoin, elle sort tout droit d’une BD créée par l’organisation GENET (Girls Empowerment Network) pour changer les mœurs dans les villages. Les obstacles de l’autonomisation des femmes au Malawi sont souvent les croyances anciennes, la culture patriarcale et la non-éduction de la population. GENET a donc distribué gratuitement cette BD dans les écoles pour sensibiliser les filles sur leurs droits notamment par rapport au mariage forcé et le droit à l’éduction.
L’ONG veut sensibiliser et former les jeunes sur l’égalité homme-femme, la justice et l’insertion des femmes dans la société. Des ateliers sont organisés dans les villages et les écoles dans le but de changer les mœurs. L’ONG forme aussi les autres membres de la société comme les chefs de village par exemple, qui reçoivent une formation sur les droits de l’homme, sur le mariage forcé ou encore l’inceste.
Au Malawi, 51,6% des filles se marient avant leurs 18 ans selon l’ONU.
L’ONG travaille donc avec ténacité dans les villages aux alentours de Blantyre pour expliquer aux familles et aux autorités locales que la place d’une jeune fille est à l’école et que le mariage forcé est un manquement au respect des droits humains.
Howard me parle passionnément du sujet :
Il est temps de pousser les filles à faire des études
C’est un fervent défenseur du droit des femmes au Malawi. Son histoire l’explique. Il a grandi avec sa grande sœur qui, dès son premier travail, a su économiser pour qu’Howard fasse des études alors qu’ils venaient d’un milieu modeste dans un village à 3h de la ville. Il choisira la filière journalistique et pourtant c’est là, dans les bureaux de GENET, dans le noir à cause d’une des nombreuses coupures de courant dont est victime le pays, qu’il m’explique le travail journalier de cette ONG locale.
Howard travaille depuis une semaine seulement au sein de GENET mais y est volontaire depuis deux ans. Il connait donc bien les différents projets et adore ce qu’il fait. Il ne regrette pas un instant d’avoir démissionné de son poste au journal de Blantyre. Pour lui, il est temps d’intégrer pleinement les femmes dans la société et ne plus les mettre de côté comme aujourd’hui.
Pour illustrer ses propos il m’explique que beaucoup de jeunes filles dans les villages ne vont pas à l’école pendant leur règles parce que « cela porte malheur d’être à côté d’un garçon pendant ses menstruations » mais aussi parce qu’elles n’ont pas les ressources nécessaires pour s’acheter de quoi se protéger des fuites. Ceci intensifie les écarts scolaires entre filles et garçons. GENET a alors créé le projet Girls Care Kit, une pochette composée de 5 serviettes en tissu, lavables et réutilisables. Associés à cela, des cours sur la santé sexuelle sont donnés pour former les jeunes filles et jeunes hommes au cycle de la vie et à l’éducation sexuelle. Dans les villages, la croyance veut par exemple qu’une petite fille est prête à être mariée dès qu’elle a ses premières règles alors que finalement « ce n’est juste que le début d’un cycle biologique » comme le dit l’infirmière de la BD de GENET quand Dalitso a ses premières règles.
GENET achète ces ‘Care Kit’ à une coopérative de femmes locales qui fabrique les kits et les vend entre autres à l’ONG. Cette coopérative a bénéficié d’un projet de microfinance développé par GENET pour soutenir les initiatives de femmes. GENET veut des projets durables, pour changer la situation sur le long terme.
Howard me donne tellement d’informations sur les différents projets et sur les différents villages que j’ai du mal à suivre. En tout cas c’est un salarié enthousiaste! Je lui demande s’il y a beaucoup de jeunes hommes comme lui au Malawi. Il me répond que les jeunes sont plus ouverts et que les mœurs changent petit à petit. Je lui rétorque que leur ex-chef de gouvernement était une femme (Joyce Banda- d’où ma venue) donc c’est que ça avance… Il rigole en me disant « Oui, certes, mais elle n’a pas été élue, elle a pris le poste après la mort soudaine du président!» …
Vidéo GENET en anglais sur le mariage forcé:

