Ecole en Zambie

Selon l’UNESCO ‘World Atlas in Gender equity’, au niveau de la réussite scolaire, les garçons ont bien de meilleurs résultats que les filles en Zambie. Le taux d’analphabétisme est même 15% supérieur chez les filles que chez les garçons âgés entre 15 et 24 ans. De même la banque mondiale a constaté qu’il y avait des inégalités de genres en Zambie à tous les niveaux du système éducatif. Mais si les jeunes filles ne vont pas à l’école, quel avenir peuvent-elles avoir ?

Tout d’abord, il faut comprendre que dans la mentalité villageoise en Zambie, la fille est une charge financière. En effet, dans de nombreuses cultures, une fois la jeune fille mariée, elle devient la propriété de la famille du marié. Ainsi, beaucoup de parents ne voient donc pas l’intérêt d’investir dans l’éducation de leur fille puisqu’à long terme cela bénéficiera à une autre famille. Une statistique effrayante est la suivante : 46,6% des filles se marient avant l’âge de 18 ans.

De nombreuses études sur la scolarisation ont montré que les études d’une fille en Zambie seront très certainement perturbées par une naissance, un mariage précoce, ou encore le devoir d’effectuer des tâches domestiques comme le ménage, la cuisine ou s’occuper des frères et sœurs. Beaucoup de parents justifient aussi la non-scolarisation de leurs filles, sur la dangerosité pour elles d’aller à pied à l’école se situant à plusieurs kilomètres. Pour diminuer ce problème, une ONG hollandaise a offert des milliers de vélos aux jeunes filles des villages reculés pour qu’elles puissent se rendre plus vite et en toute sécurité à l’école du village le plus proche.

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En Zambie, l’école primaire est gratuite mais le collège est lui payant. Le taux de scolarisation chute dramatiquement que ce soit pour les garçons ou pour les filles à l’entrée du collège. Selon l’Unicef, 47% des enfants ne finiront pas le secondaire. Je comprends mieux pourquoi il y a tant de femmes dans les villages qui ne parlent pas l’anglais alors que c’est la langue nationale. Elles parlent l’un des 70 dialectes parlés dans les villages. C’est un cercle vicieux, il est difficile de trouver du travail si l’on ne connait pas l’anglais.

D’autres raisons sont souvent évoquées par la population comme les coûts annexes de l’éducation. Certes, le primaire est gratuit mais l’uniforme et les chaussures sont obligatoires. De même, il faut aussi pouvoir payer des fournitures telles que cahiers et crayons si les enfants ne veulent pas être exclus de l’école.

IMG_8672Même si peu de femmes travaillent, leurs journées en sont tout de même bien remplies. Elles s’occupent de beaucoup de tâches domestiques qui seraient pour nous, femmes occidentales, inimaginables. La journée commence avec le lever du soleil et l’un des premiers gestes est d’aller au puits chercher de l’eau avant que la chaleur ne deviennent épouvantables. Il faut réchauffer l’eau sur du feu, donc il faut aller chercher du bois. Il faut aussi lever les enfants et s’occuper du premier repas de la journée s’il y en a un. Rien ne sert de préciser que dans ces huttes où vivent des familles nombreuses, l’intimité n’existe pas, tout comme l’électricité. N’ayant pas les mêmes moyens et les mêmes technologies à disposition, tout prend deux fois plus de temps ici. L’Afrique apprend la patience. Ainsi, la journée d’une femme dans les villages zambiens est chargée de tâches domestiques basiques : laver, cuisiner, faire les courses, s’occuper des enfants ect et cela occupe facilement une journée.

Quelques villageoises vendent aussi leurs produits issus de leur jardin. Avec leur seau rempli de fruits divers ou poissons, elles rejoignent le bord de la route en espérant qu’un automobiliste s’arrêtent dépenser quelques Kwachas (monnaie locale). Les enfants aussi sont souvent utilisés pour appâter le client. Je me souviens d’un petit qui courait derrière mon mini-bus bondé, pour vendre ses mangues. Le bus s’arrête. Le chauffeur lui achète une quinzaine de mangues. L’enfant repart vers sa mère en courant, chantant et en agitant son billet de 10 kwachas ( 1,5€).

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Enfant en bord de route, Région Nord

Il faut bien comprendre que je parle ici de la population vivant dans des régions reculées et vivant le plus souvent avec moins de un dollar par jour. Il y a heureusement une classe moyenne qui est en pleine expansion et dans laquelle les femmes étudient. Je rencontre Pinnah et Cristabel lors d’une visite d’un site de dessins préhistoriques dans des grottes se situant dans le Nord du pays. Leurs parents leur ont payé l’université. Elles sont diplômées en tourisme et sont désormais employées du gouvernement. Elles ont respectivement 25 et 24 ans, toutes les deux sont déjà mariées et ont des enfants. En discutant avec elles, j’apprends que dans leur promotion il y a plus de femmes que d’hommes, un bon signe pour le futur du pays !

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Pinnah et Christabel

La nouvelle génération me dit-on est plus ouverte et les hommes veulent désormais que leur femme travaille pour qu’elles s’épanouissent mais aussi et surtout car c’est une rentrée d’argent supplémentaire pour le foyer.

La femme du président actuel, le Dr Christine Kaseba-Sata, se bat pour l’émancipation des femmes en Zambie. C’est l’une des meilleures gynécologues-obstétriciennes de Zambie. Elle est très attachée à l’amélioration de la santé de la mère et du nouveau-né et à la prise en charge des problèmes liés à la violence sexiste. Elle a créé sa propre fondation et est à la tête de différentes initiatives. Par exemple, le gouvernement a récemment enclenché un grand chantier de rénovation du réseau routier, un investissement de plusieurs millions d’euros. Pour que les femmes ne soient pas mises de côté sur ce projet, le gouvernement a décidé de former 20 000 femmes au métier de la construction. Une initiative en partenariat avec l’Onu. C’est un bon signe, pourvu que ce ne soit pas qu’un effet d’annonce !

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Campagne ONU : « Je crois qu’une femme peut tout faire, être une bonne ingénieure, pilote, mère, tout! » Femme ingénieure au Kazakhstan