Femmes de Siansowa

Il me faudra plusieurs cars, bus, taxis-partagés et beaucoup de patience pour atteindre le lac Kariba dans le Sud de la Zambie. Je ne détaille pas les kilomètres, ici on calcule en heures, tout dépend de l’état de la route, quand bien même elle existe. Dans le mini-bus final qui m’amènera jusqu’au village de Siansowa, nous sommes une vingtaine de passagers pour une douzaine de places. Je ne compte pas les sacs, le mien a été balancé sur le toit à côté des planches de tôles, des bassines, des poules et des gros sacs de farine.

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La dernière ligne droite de 30 km dure une heure. Une heure remplie de bonds et de rebonds. Parfois je grimace ce qui fait rire tout mon bus. On ne passe pas inaperçu quand on a la peau blanche. Comme pour se faire pardonner de maltraiter mes vertèbres, le chauffeur me propose de me payer une boisson locale à base de lait caillé. Veut-il s’attaquer désormais à mon estomac ? Je ne sais pas combien de temps je vais encore mettre pour arriver à destination donc par précaution, je préfère décliner.

La localité est chanceuse, trois entreprises importantes offrent du travail à côté du village, ce n’est pas le cas partout, surtout dans le bush. D’abord il y a la ferme aux crocodiles, des crocos d’élevage pour le commerce du cuir mais aussi de la viande. Il y a aussi une exploitation de pêche, spécialisée dans les petits poissons séchés. Enfin, la troisième est un hôtel, il a été créé par les propriétaires des deux premières entreprises pour accueillir les visiteurs d’affaires.

Il est 9h du matin, après une journée à avoir fait ma touriste au bord du lac, je pars découvrir le village voisin : Siansowa. J’ai déjà chaud. On avoisine les 40 degrés. Il y a beaucoup de monde dehors, beaucoup d’enfants. Je deviens rapidement l’attraction. Je fais aussi pleurer plusieurs bébés à mon passage, ils sont effrayés par ma couleur !

Les maisons sont faites de terre cuite et de paille. Parfois un gros morceau de plastique protège la structure. Les femmes balaient, lavent des habits, cuisinent, s’occupent des enfants, vont au puits, coupent du bois, tout en parlant et rigolant avec leurs sœurs, tantes et voisines. Leur maris sont soit pêcheurs soit ils travaillent dans une des trois entreprises voisines. Certaines femmes aussi y sont employées, mais celles que je rencontre aujourd’hui n’ont pas de travail.

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Peu de gens du village parlent anglais, ils parlent Tonga, le dialecte local. Rapidement une des filles de la famille Chileshi vient me parler, elle a des notions d’anglais. Elle m’invite à aller voir sa mère et sa sœur. Il y a des enfants partout, j’ai du mal à comprendre lequel est à qui. Cette famille vit dans des conditions précaires, les hommes de la famille sont pêcheurs, non pas à l’entreprise mais à leur compte, ce qui rend la rentrée d’argent plus rare. Mes interlocutrices, qui ont la vingtaine d’années, sont toutes mariées et n’ont presque pas été à l’école. En Zambie, l’école primaire est gratuite mais devient payante à partir du secondaire ce qui engendre les inégalités sociales. La mère des deux jeunes filles a une tumeur à la gorge, elle ne se la fait pas soigner, faute de moyens. Il y a pourtant une clinique construite par les entreprises locales, mais elle ne prend pas en charge les grosses maladies. Il faudrait aller en ville et cela coûte trop cher.

Plus tard, c’est Bertha qui m’interpelle dans le village pour que je m’assoie sous l’arbre avec elle et ses amies. Bertha est de passage, elle vit à la capitale et travaille dans un magasin d’habits. Elle est mère célibataire. Son anglais est parfait. C’est une jeune femme autonome mais sa venue au village ainsi que son maquillage accentué trahissent sa volonté de trouver un mari. Linda s’arrête à son tour sous l’arbre pour me saluer. Son mari et ses enfants sont partis au village voisin. Ils sont séparés. Elle vit à Siansowa avec son jeune frère, lui aussi pêcheur.

La religion ainsi que le respect des traditions sont des valeurs importantes en Zambie, c’est pourquoi le schéma familial traditionnel est le plus courant et surtout le mieux vu dans les communautés. Par conséquent, les femmes sont souvent dépendantes financièrement de leurs maris mais aussi intellectuellement. C’est une société patriarcale spécialement dans les endroits reculés, où la femme dépend des décisions de l’homme. Selon Unicef, à cause de cette relation socio-culturelle, les femmes sont plus souvent touchées par la pauvreté, l’analphabétisme et la violence.

Le gouvernement zambien, qui est aussi sous représenté en nombre de femmes, a décidé de combattre ces inégalités, poussé par la pression internationale et notamment par l’ONU qui a fait de l’égalité des sexes, un de ses objectifs.