Je rencontre Sara par hasard, son amie me dit qu’elle est attachée politique, cela tombe bien, je suis à la recherche d’une femme vivant au Canada pour en tirer le portrait. Le rendez-vous est pris, nous nous verrons le lundi suivant pour discuter de sa vision de la femme en politique.
Juste avant le rendez-vous, Sara s’excuse et m’explique qu’elle a « des essais voix » à faire à la même heure. Déjà elle m’intrigue. Une attachée politique d’un député québécois qui va participer à un concert au festival Orientalis au Vieux-Port de Montréal, c’est surprenant. Le festival Orientalis met à l’honneur la culture orientale, Sara y participe en tant que productrice de groupes de musique car elle a fait venir un groupe de Brooklyn (Dakha Band) mais aussi en tant que chanteuse, je viens de l’apprendre. Après une heure de concert d’un groupe maghrébin, avec qui elle chante une chanson, et sous un soleil de plomb, Sara me rejoint. C’est la fin du long week-end, elle a enfin un peu de temps pour prendre un café.
Sara a grandi en Algérie dans une famille intellectuelle, ses parents étaient professeurs à l’université. Bonne élève et hyperactive, elle passe une jeunesse agréable à Alger malgré la « décennie noire », qu’elle mettra du temps à comprendre, protégée par la naïveté de l’enfance. Ce n’est que plus tard qu’elle se rappellera les réunions de sa mère et ses amies, dans la cuisine, pour parler de la démocratie et du droit des femmes, ou encore des disparitions de connaissances, victimes du terrorisme qui ravage le pays. Sa famille symbolise tout ce que les islamistes détestent : ce sont des intellectuels progressistes dont la mère travaille. Néanmoins, sa famille qui a la possibilité de déménager à l’étranger, reste en Algérie. Ils veulent se battre pour leurs valeurs.
Sara rentre donc à l’université à Alger et en sort récompensée par de nombreux prix, en tant qu’architecte. Parallèlement, elle tombe amoureuse du désert et décide d’y organiser des tours touristiques sur son temps libre. Elle rêve déjà d’une belle carrière mais elle sera échaudée par la réalité du monde professionnel. Etre jeune et, en plus, une femme ne sont pas des avantages dans ce pays et elle réalise vite qu’elle ne pourra sûrement pas accomplir ce qu’elle désire. Désabusée, elle quitte son cher désert pour le Canada il y a 4 ans.
A Montréal, elle décide de se réorienter et se spécialise en Relation Publique. Même à des milliers de kilomètres, elle continue d’organiser quelques tours dans le désert algérien pour pouvoir y retourner. C’est vital pour elle, le désert la ressource et la fascine. C’est d’ailleurs lors d’un de ces voyages au milieu du sable qu’elle rencontre Hasna El Becharia, une chanteuse surnommée la ‘rockeuse du désert’, qui est la seule femme au monde à savoir jouer du Gumbri (instrument traditionnellement réservé aux hommes). Un modèle pour Sara. Avec un ami réalisateur, elle décide alors de se lancer dans la production d’un film sur la vie de cette femme rebelle, forte et déterminée.
Sara ouvre alors sa société de production (SN Production inc) qu’elle finance grâce à de nombreux boulots qu’elle cumule à Montréal, tout en étudiant. Sara essaie toujours d’allier ses emplois avec ses projets futurs pour étendre son réseau et ses connaissances. C’est en travaillant pour un festival de musique qu’elle réussira plus tard à faire venir Hasna pour une tournée canadienne dont Sara se chargera en 2013.
Sara me raconte ses multiples expériences en tant que créatrice de voyages, de concerts, d’expositions (ect.), tout cela du haut de ses 28 ans et déjà diplômée en architecture et communication.
Comme si cela ne suffisait pas à son planning surchargé, elle s’engage en politique au printemps dernier quand elle voit le nationalisme monter au Québec (projet « chartre des valeurs québécoises » du Parti Québécois). Elle aime l’Algérie mais ce n’est pas un pays qui avance. La liberté qui règne au Canada lui a fait réaliser petit à petit que « chez elle » c’est ici. Elle s’y sent bien.
D’abord comme bénévole pendant les élections, elle se fait ensuite vite engager par un parti pour être attachée politique d’un député fraîchement élu. Désormais, elle travaille à plein temps pour ses engagements. Quant à la position de la femme en politique au Québec, Sara me répond que c’est « comme partout dans le monde, ce n’est certainement pas un avantage d’être une femme ».
Elle se considère féministe, comme sa mère, du moins elle veut défendre la place de la femme dans notre société, même si au Canada les inégalités sont moins présentes qu’ailleurs. Elle espère faire entendre sa voix grâce à son engagement politique, en attendant elle travaille dans l’ombre d’un député et apprend les ficelles d’un monde qu’elle découvre.
Il est tard, Sara doit rentrer, après un week-end en tant que productrice et chanteuse à un festival de musique, elle doit se lever tôt demain pour porter cette fois-ci la casquette d’attachée politique. En plus de cela, c’est la rentrée pour elle aussi, elle s’est inscrite en maîtrise de communication internationale, en cours du soir.
Une wonder woman, pleine de convictions, un des nouveaux visages du Canada qui n’oublie pas ses origines tout en voulant vivre pleinement dans ce grand pays démocratique qu’elle aime et qui, elle espère, donnera toujours sa chance aux nouveaux arrivants.
Nb : Subjuguée par notre conversation, j’en ai oublié de lui tirer le portrait avec mon appareil, heureusement, j’étais au concert !
I met Sara by chance, her friend told me she is political assistant, this is great, I am looking for a woman living in Canada to portrait. Appointment is made, we will meet the following Monday to discuss about her vision of women in politics. Just before the meeting, Sara apologizes and explains that she has « voice test » to do at the same hour. Already she is intriguing me. A political aide to a Quebec deputy who will attend a concert at Orientalis festival held in the Old Port of Montreal, it is surprising. The Orientalis festival celebrates eastern culture, Sara is involved as a producer of bands because she brought a group from Brooklyn (Dhaka Band) but also as a singer, I just knowledge. After an hour of concert of a North African group, with whom she sang a song, and under a sun shot, Sara joined me. It’s the end of the long weekend, she finally has some time to have a coffee.
Sara grew up in Algeria in an intellectual family, her parents were professors at the university. Good student and hyperactive, she spent a pleasant youth in Algiers despite the « black decade », she took time to understand, protected by the naivety of childhood. It was only later that she remembered the meetings of her mother and her friends in the kitchen to talk about democracy and women’s rights, or the disappearance of friends, victims of terrorism which ravaged the country . Her family symbolizes everything that Islamists hate: they are progressive intellectuals whose mothers work. However, her family has the opportunity to move abroad, they remain in Algeria. They want to fight for their values. So Sara goes to university in Algiers and leaves rewarded with numerous awards as an architect. Meanwhile, she falls in love with the desert and decided to arrange sightseeing tours in her spare time. She is already dreaming of a great career but she will be scaffold by the reality of the business environment. Being young and a women are not benefits in her country and she soon realizes that she won’t be able to accomplish what she would like. Disillusioned, she left her beloved wilderness to Canada four years ago.
In Montreal, she decided to refocus and specializes in Public Relations. Even thousands of miles away, she continues to hold a few tours in the Algerian desert to return there again. It is vital for her. Moreover, it is during one of these trips in the middle of the sand she meets Hasna El Becharia, a singer known as the ‘rock star of the Desert’, which is the only woman in the world that is played Gumbri (instrument traditionally for men only). A model for Sara. With a friend who is movie director, she decided to start the production of a film about the life of this rebellious woman, strong and determined. Sara opens her production company (SN Production Inc.) financed through numerous jobs that she accumulates in Montreal while studying. Sara always tries to combine her job with future plans to expand her network and knowledge. By working for a music festival she will later succeed in bringing Hasna for a Canadian tour, of which she is in charge in 2013. Sara tells me her numerous experiences as a creative of travel, concerts, exhibitions (ect.). All this from her 26 years old ….
As if it was not enough for her overloaded schedule, she became involved in politics last spring when she saw the nationalism going up in Canada. She loves Algeria but it is not a country that goes on. The freedom that prevails in Canada made her realize gradually that « home » is here now. First as a volunteer during elections, she is then quickly hired by a political party to be attached to a newly elected deputy. She now works full time for her believes. About position of women in politics in Quebec, Sara told me that it is « like everywhere in the world, this is definitely not an advantage to be a woman. » She considers herself a feminist, like her mother, she wants to defend the place of women in our society, even if inequality in Canada are less prevalent than elsewhere. She hopes to make her voice heard through her political involvement, meanwhile she works in the shadow of a deputy and learns the tricks of the political world. I
t’s late, Sara is going back home after a weekend as a producer and singer at a music festival, she has to get up early tomorrow to take this time the “political attaché” cap. On top of that, it’s “back to school” time for her too, she enrolled for a master’s of international communication, in evening classes.
A wonder woman, full of belief, a new facea of Canada that does not forget her roots while wanting to live fully in this great democratic country she loves and who she hopes, will always give a chance to newcomers. Nb: Captivated by our conversation, I forgot to take her picture with my camera, luckily, I was at the concert!




