Ana Lucia

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Ce n’était pas prévu. Je devais discuter des visites terrains qu’elle effectue pour l’ONG ALAS, mais ma discussion avec Ana Lucia a vite dérivé. Avec le recul, pas tant que ça. Certes, nous sommes sorties de l’explication des procédures mises en place par l’ONG mais nous avons parlé plus humainement de ce qui se passe au Guatemala. De femme à femme. Une confession touchante, d’une voix tremblante, qui trahit encore la honte qu’elle ressent, d’être, elle aussi, une victime.

Ana Lucia avait 16 ans quand elle a connu l’ONG ALAS qui effectuait une session de sensibilisation dans son lycée. Elle apprend que l’organisation recherche des jeunes bénévoles pour les former à promouvoir la santé sexuelle auprès de leur entourage.

Ana Lucia vient d’une petite communauté au centre du Guatemala. Issue d’un milieu pauvre, sa communauté indigène est régie par un mix des croyances mayas et évangéliques, comme de nombreuses communautés dans le pays.

L’éducation sexuelle n’est pas au programme, c’est un sujet tabou qui n’est pas abordé. Les femmes n’ont aucune connaissance de leur corps et ne savent ni ce qu’est le sexe ni ce qu’est le cycle menstruel de la femme. Cela leur arrive, c’est tout.

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Curieuse, Ana Lucia décide de se proposer volontaire pour un programme de 3 jours au sein d’AMAS qui forme des adolescents à la santé sexuelle et reproductive. Gênée, Ana Lucia m’avoue avoir été bouleversée pendant ces 3 jours. Elle se rend compte qu’elle ne connaissait pas la définition d’un rapport sexuel. En découvrant que « toucher », « caresser » faisait aussi partie de l’acte sexuelle, elle se rend compte qu’elle a été abusée plus jeune.

Quand elle avait 13 ans, un homme de sa communauté l’a caressée. « Comment savoir à 13 ans que c’est mal si personne ne nous le dit ? ». C’était un adulte de son entourage, elle avait confiance et ne savait pas que c’était mal.

Grâce à ces cours sur l’éducation sexuelle, elle a compris. Elle a alors voulu crier à tout le monde sa colère. C’était une petite fille. Personne ne l’avait prévenue. C’était son parrain. « Elle avait confiance » me répéta-t-elle.

ABUSO INFANTIL[1]
Ton corps est à toi, aujourd’hui et pour toujours. A personne d’autre.

Dans sa communauté, les nouvelles idées de l’adolescente et ses connaissances sur le sujet de la sexualité, apprises lors de ces différentes formations, lui vaut d’être considérée comme une fille facile. « Si elle sait, c’est qu’elle est expérimentée » dit-on sur elle. Ana Lucia continue pourtant à enseigner aux filles de sa communauté qu’il faut se protéger pour ne pas attraper de maladies ou tomber enceinte très jeune.

Malheureusement, elle, qui préconise la pilule aux jeunes filles pour qu’elles puissent faire des études, tombe enceinte a 20 ans. Cela lui vaudra le rejet de sa communauté et de son compagnon. Sa famille ne comprend pas comment une jeune fille prêchant la santé sexuelle et le planning familial peut tomber enceinte accidentellement à cet âge.

ALAS pour qui elle a été bénévole, puis employée, ne l’a jamais laissée tomber. Elle est désormais « Technicienne en planification familiale » et s’occupe sur le terrain de la relation avec les communautés. Elle est mère célibataire. C’est important pour elle d’expliquer à sa fille comment est son corps et ce qu’est l’intimité. C’est d’ailleurs en lui disant que personne n’a le droit de lui toucher le sexe, qu’elle apprend dans la bouche de sa fille de 4 ans que son tonton le fait parfois.

Avec des mots crus d’enfant, la petite fille explique à sa mère que son tonton lui met la main dans le pantalon.

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Ana Lucia a les larmes aux yeux. L’histoire se répète. Les abus sexuels sur mineur, fille ou garçon, est un problème national. Je découvre après notre entretien, encore perturbée par notre conversation, qu’en 2013, 60 000 filles entre 10 et 19 ans ont donné naissance au Guatemala. Sur ces 60 000, 4356 sont des filles de moins de 14 ans et 89% d’entre elles ont été abusés par un membre de leur famille, dont 30% par leur propre père. (source: Monitoring center of Sexual Health and reproduction in Guatemala)

Ana Lucia a porté plainte pour sa fille, « le phénomène doit s’arrêter ». Malheureusement, comme beaucoup de plaintes, elle n’a pas encore eu de suite. Le gouvernement du Guatemala a promulgué des lois pour punir ces abus, mais elles ne sont pas encore efficacement appliquées dû au tabou qu’elles suscitent, et les bouleversements culturelles qui en découlent.

It was not planned. I was supposed to discuss about the NGO ALAS’ field visits, but my discussion with Ana Lucia quickly derivate. Looking back, not so much. Of course, we came out of the explanation of the procedures implemented by the NGO but we talked more humanly about what is happening in Guatemala. Woman to Woman. A touching confession, in a trembling voice that betrays the shame she feels to be a victim.

Ana Lucia was 16 when she cross the road of the NGO ALAS who was conducting an outreach session in her high school. She learned that the organization was looking for volunteers to train youth to promote sexual health among their entourage.

Ana Lucia is coming from a small community in central Guatemala. From a poor social class, her native community is governed by a mix of Mayan and evangelical beliefs, like many communities in the country.
Sex education is not in the program, it is a taboo subject that is not discussed. Women have no knowledge of their bodies and do not know what sex is or what the menstrual cycle of women is. It happens, that’s it. 

Curious, Ana Lucia decides to volunteer to a 3-day program within ALAS that trains young people about sexual and reproductive health. Embarrassed, Ana Lucia explains me, these 3 days changed her life. She realized she did not know the definition of having sex. Discovering that « touching », « caressing » was also part of the sexual act, she realizes she was abused younger.
When she was 13, a man of her community caressed her. « How do you know at 13 years old, it’s something wrong if no one is explaining to you?” He was an adult around her, she trusted him and did not know it was wrong.

Through these courses on sex education, she understood. She wanted to shout to everyone her anger. She was a little girl. Nobody warned her. He was her godfather. « She trusts him, » she repeated to me.
In her community, the new ideas of the adolescent and her new knowledge about sexuality, learned from these trainings, gave her the reputation of a slut. « If she knows, it means she is experienced, » they say about her. Nevertheless, Ana Lucia keep teaching the girls of her community about protections to not catch diseases or get pregnant very young.

Unfortunately, Ana Lucia, the one promoting pills to girls so they can go to school, gets pregnant at 20. Because of this situation she got expulsed of her community and her companion lets her. Her family does not understand how a girl preaching sexual health and family planning can accidentally get pregnant at this age.

ALAS for which she volunteered, never dropped her. She is now « Technician in family planning » and handles the relationship with the communities. She is a single mother. It’s important for her to explain to her daughter how her body is and how private it is. She is also telling her that no one has the right to touch her sex, it is like this she learned from the mouth of her 4 years old daughter that her uncle sometimes does. With raw words of a child, the little girl told her mother that her uncle puts sometimes his hand in her pants.

Ana Lucia has tears in her eyes. The past is coming back. Sexual abuse of a minor, male or female, is a national problem. I discovered after our interview, still disturbed by our conversation, that in 2013, 60,000 girls between 10 and 19 years old gave birth in Guatemala. Of these 60,000, 4,356 are girls under 14 years and 89% of them have been abused by a family member, 30% by their own father. (Source: Monitoring Center of Sexual Health and Reproduction in Guatemala)

Ana Lucia is pursuing her cousin, « the phenomenon has to stop. » Unfortunately, as many complaints, it has not been treated yet. The Guatemalan government has enacted laws to punish these abuses, but they are not yet effectively implemented due to the taboo they generate, and cultural upheavals that result.