Au pays du café

La fin de mon séjour au Nicaragua, un de mes pays coup de cœur, se termine en apothéose. Je suis dans le Nord du pays, près de Matagalpa, plus précisément en haut des montagnes surplombant le village de San Ramon. Entourée de plantations de café, de bananiers et de cours d’eau, je séjourne dans un éco-lodge où les mots « économie d’énergie », « bio » et « consommation locale » prennent tout leur sens.

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Une femme est à la tête de cette propriété agricole « lodge ». Viviane, une Américo-cubaine dirige 40 personnes pour faire fonctionner la plantation de café bio et les cabanes écolos qui entourent le site. Le plus dure, pour elle, aura été de se faire accepter en tant que femme-dirigeante, dans le monde agricole dirigé par les hommes. Néanmoins, en plus de cette activité commerciale engagée et responsable, Viviane trouve le temps d’être active au sein de la communauté locale. La « Finca Esperanza Verde » finance l’école primaire voisine et lui donne accès à de l’eau potable mais soutient aussi différentes initiatives locales.

IMG_5498Le lieu a beau être idyllique, il faut se rappeler que la population qui l’entoure est rurale et pauvre[1]. Cette partie du Nicaragua a beaucoup souffert il y a un peu plus de 10 ans, à cause de la crise mondiale du café. Se remettant peu à peu, et en se regroupant en coopérative pour être plus fort, les petits producteurs ont connu un nouveau coup dur l’année dernière, à cause d’un champignon, appelé la Rouille du café, qui a ravagé jusqu’à 70% de certaines exploitations[2].

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Les familles rurales n’ont souvent qu’un revenu précaire, les femmes restant le plus souvent s’occuper du foyer et des enfants. Il est primordial que ces femmes travaillent pour augmenter le revenu familial mais aussi pour ne plus dépendre de leur mari. C’est ce que fait Jessenia, 34 ans, que Viviane me présente au village de San Ramon. Jessenia est membre fondatrice de l’entreprise Empresa de Papel Reciclaje La Pita (Entreprise de papier recyclé La Pita), du nom de la communauté dont elle fait partie.

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A partir de papiers usés, l’entreprise crée des carnets de manière artisanale. Au début de l’aventure, en 2006, beaucoup de femmes de la communauté faisaient parties de l’équipe. Malheureusement, ne voyant pas les ventes arrivées et à cause de la pression de leur mari, beaucoup ont abandonné le projet. Aujourd’hui, elles ne sont plus que quatre femmes pour faire fonctionner la petite activité. Elles ont pu se verser un salaire qu’après plusieurs mois de travail. L’entreprise, à son commencement, a reçu des aides gouvernementales et associatives pour trouver un local et acheter de l’équipement.

La famille de Jessenia, fait partie de ces petits propriétaires qui ont été touchés par la crise du café. Avoir une nouvelle entrée d’argent pour cette famille est un soulagement. Jessenia en est très fière « je ne dépends plus autant de mon mari » m’avoue-t-elle. Depuis le début, cette jeune femme dont la vie rude durcit les traits du visage, est très active dans l’entreprise. Aujourd’hui, elle a un travail qui l’occupe 3 jours par semaine et qui lui permet de sortir hors de sa communauté, puisqu’elle assiste aux  « ferias » dans différentes villes pour promouvoir son artisanat.

EIMG_5570lle aussi a eu du mal à convaincre son mari de la laisser travailler mais pour elle c’était important d’être indépendante. D’ailleurs, elle éduque ses enfants dans ce sens, son fils doit aussi bien que sa sœur s’occuper des tâches ménagères. Notre rencontre se termine sur une dernière confidence : elle pense attendre son 3ème enfant.

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Ce discours sur l’éducation reviendra deux fois dans la même journée. Quand je parle avec Yosteni, elle m’explique, aussi, qu’elle élève ses enfants dans l’égalité homme- femme et qu’il est important qu’ils fassent tous des études. Yosteni a le regard perçant en me racontant sa vie. A 15 ans, elle se marie puis a rapidement des enfants. Ayant 4 enfants et aucune formation elle ne peut travailler, elle est complètement dépendante de son mari et est isolée du monde au sein de sa communauté. Heureusement, elle croise le chemin d’une volontaire espagnol qui encourage les femmes de sa communauté à trouver une activité commerciale pour participer aux revenus familiaux trop faibles. Après un échec dans la conception de confiture maison, elles se lancent dans la création de bijoux à partir de graines trouvées sur les terres de la communauté mais aussi en dehors.

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Etre membre actif de ‘Artesania Mujeres de El Plomo’ a changé la vie de Yosteni. Premièrement, elle participe aux finances familiales et « pour l’estime » c’est important. Deuxièmement, elle peut s’acheter ce qu’elle veut sans devoir en faire part ou supplier son mari, m’explique-t-elle.. Mais le plus important a été l’ouverture sur le monde que lui a apporté cette expérience. Yosteni est rayonnante quand elle me raconte que grâce à l’activité, elle a voyagé dans plusieurs villes du Nicaragua, elle a rencontré des gens de milieux distincts et aussi de d’autres pays. Elle se sent mieux : « plus indépendante et intelligente ».

IMG_5581Evidemment, avec son mari cela n’a pas toujours été facile, « il n’était pas habitué à me voir libre, on s’est marié jeune ». Mais , elle l’a convaincu et il trouve désormais utile d’avoir une seconde source de revenu. La petite entreprise composée aujourd’hui de quatre femmes a séduit de nombreux clients, notamment un américain qui, à la fin de leur première année d’activité (2006), a acheté tout leur stock, ce qui leur a permis de déménager dans un plus grand local. Désormais, elles ont la place pour recevoir des groupes qui désirent visiter leur atelier et elles peuvent stocker leurs créations en sécurité. Ce groupe de femmes redonne aussi à leur communauté en organisant des ateliers pour les enfants et en offrant des fournitures scolaires aux plus pauvres.

Viviane est fan de leur travail, d’ailleurs elle vend leurs bijoux à la réception de son lodge. J’en ramène aussi dans ma valise ; ainsi que des carnets recyclés où je pourrais écrire la suite de mes aventures et sur ces initiatives qui promeuvent le développement durable et l’autonomisation des femmes.

[1] Environ 17% des habitants vivent dans une situation d’extrême pauvreté et quelque 76% d’entre eux résident en milieu rural et vivent de l’agriculture. Source: FAO

[2] 90 000 emplois temporaires perdues selon Action Contre la faim

The end of my stay in Nicaragua, one of my favorite country so far, ends in triumph. I am in the north of the country, near Matagalpa, specifically up in the mountains above the village of San Ramon. Surrounded by coffee plantations, banana trees and waterfalls, I stay in an eco-lodge where the words « energy saving », « organic » and « local consumption » take all their sense.

A woman is at the head of this lodging farm house. Viviane, a Cuban-Américo manages 40 people to develop the planting of organic coffee and the eco-friendly huts surrounding the plants. The hardest part for her, has been to be accepted as a woman-leader in the agricultural world run by men. However, in addition to this sustainable business, Viviane finds time to be active in the local community. The « Finca Esperanza Verde » finance the nearby elementary school by for example giving access to drinking water, and also supports various local initiatives.

The place is beautiful and idyllic, but it must be remembered that the people around are rural and poor. This part of Nicaragua has suffered 10 years ago because of the global coffee crisis. Recovering gradually, and grouped in cooperative to be stronger, small producers have experienced another blow last year, due to a fungus called “rust coffee”, which destroyed up to 70% of the production in some farms.

Rural families often have only one precarious income, women still often look after the home and children. It is essential for women to work to increase family income, but also to no longer depend on their husbands. This is what Jessenia, 34 years old, is doing. Viviane introduced me to her in the village of San Ramon. Jessenia is a founding member of the Empresa de Papel Reciclaje La Pita (Enterprise of recycled paper La Pita), the name of the community to which she belongs.

From waste papers, the company creates handcrafted books. At the begining of the adventure, in 2006, many women in the community were part of the team. Unfortunately, by not seeing sales and with the pressure of their husbands, many have abandoned the project. Today, there are only four women working in the business. They were able to pay themselves small wages after several months of work. The company, at the beginnings, received governmental and community support for a local and to buy equipment.

Jessenia family, is one of those small landowners who were affected by the coffee crisis. Having a new entry of money for this family is a relief. Jessenia is very proud of it: « Now, I do not depend so much of my husband, » she said. Since the beginning, the young woman whose rough life toughens facial features, is very active in the activity. Today, she has a job, 3 days a week, and she even goes out of her community to attend « ferias » in different cities to promote their handicrafts.

She also has struggled to persuade her husband to let her work but it was important for her to be independent. Besides, she educates her children in this way: her son has, as well as his sister, to do do some domestics task. Our meeting ended on a last secret: she thinks she is waiting her third child.
This talk on education, I will heard it twice in the same day. When I talk with Yosteni, she explains raising her children in gender equity and how education is important.

At 15 years old, she married and had children quickly. With 4 kids and no training, she cannot work, she is completely dependent on her husband and is isolated from the world in her community. Fortunately, she met a Spanish volunteer who encourages women of her community to find a business to participate to low family incomes. After a failure in the making of homemade jam, they started creating jewelry from seeds found on their lands and also from other area.

Being an active member of ‘Mujeres Artesania El Plomo’ has changed Yosteni life. Firstly, she now contributes to the family finances and for » her self-esteem », it is important. Secondly, she can now buy what she wants without having to share or beg her husband, she explains me. But the most important was the opening to the world that has brought her this experience. Yosteni is radiant when she tells me that thanks to the activity, she has traveled to several cities in Nicaragua, she met people from different backgrounds and also other countries. She feels better, « more independent and smart. »

Obviously, with her ​​husband that was not always easy, « he was not used to seeing me free, we got married young. » But she convinced him and now he is thankful to have a second source of income. This small business of four women has attracted many clients, including an American who, at the end of their first year of operation (2006), bought all their stock, allowing them to move in a largest local. Now they have a room to accommodate groups who wish to visit their workshop and they can store their creations safely. This group of women also gives back to their community by organizing workshops for children and providing school supplies to the poorest families.

Viviane is a fan of their work, she sells their jewelry at the reception of her lodge. I also will be back with some in my backpack; and with also recycled notebooks where I could write more about my adventures and those initiatives that promote sustainable development and women’s empowerment.