Casa AMES

La Casa AMES (Asociacion de Mujeres En Salud) se trouve dans un quartier de classe moyenne de San José, capitale du Costa Rica. Cette « maison de la femme » a été ouverte en 2000, pour accompagner les femmes à s’épanouir physiquement et mentalement. Ce centre accueille des classes de Yoga, de Reiki, de médecine naturelle mais propose aussi des consultations psychologiques et gynécologiques. Nous connaissons tous la citation de Socrate : « Connais-toi toi-même » ; l’organisation défend le bien-être et la santé comme vecteur d’autonomisation des femmes.

Je suis accueillie par la souriante Flor qui travaille depuis 8 ans dans le centre. Elle m’explique que la « casa », fonctionnant grâce à des employés et des bénévoles, est financée par le coût de l’adhésion aux cours et grâce aux aides internationales (pour les programmes communautaires), qui malheureusement se réduisent plus le pays se développe.

AMES

L’un des grands projets de l’ONG a été la rédaction d’un manuel sur le cancer du sein*. Flor me donne un exemplaire. On y parle de la maladie, de ses conséquences sur les femmes et sur l’entourage. De nombreux conseils pour avoir un corps sain dans un esprit sain y sont donnés.

photoLe manuel co-écrit par Ana Arroba, anthropologue et fondatrice de l’association AMES, donne une perspective complète sur la prévention, l’autonomisation et la santé. De même, il incite les femmes atteintes de la maladie à participer au groupe de parole qui a lieu une fois par mois à la casa AMES. Le tout, dans un manuel coloré qui insiste sur l’importance d’être positif dans la vie.

En parallèle à ce manuel, l’association organise des consultations et des ateliers de prévention dans les quartiers pauvres de San José. Avec le succès de ce programme communautaire sur le thème du cancer, AMES a prolongé son activité dans les quartiers défavorisés, en faisant de la prévention sur les droits et la santé sexuelle des jeunes filles. Des prospectus d’éducation sexuelle ainsi que des consultations médicales et un soutien psychologique sont proposés. Dans ces quartiers vulnérables, les femmes sont souvent mères célibataires à un jeune âge et vivent donc dans la précarité. Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement, 40% des 280.000 foyers vivant en dessous du seuil de pauvreté au Costa Rica sont tenus par des femmes seules.

Extrait de la page web d'AMES
Extrait de la page web d’AMES

A cette pauvreté à laquelle sont soumises les femmes, s’ajoute la violence conjugale. Ce thème devrait être traité prochainement pas AMES, en tout cas Flor l’espère. Comme dans tous les pays d’Amérique Latine, la violence envers les femmes est un problème majeur. Flor connait bien le sujet, elle me parle émue de son enfance passée sous les coups de son père.

Puis, elle hésite et me parle finalement de sa sœur, Lidya, qui s’est fait violée à l’âge de 12 ans au sein de la communauté indienne Bribri où elles ont grandi dans la région de Talamanca. De ce viol est née une petite fille. Lidya ne s’est jamais remise de ce crime impuni : au sein de la communauté ce sujet est tabou alors aucune plainte n’a été déposée. Pourtant le coupable est connu. Lidya, contrairement à sa sœur, est restée vivre dans la communauté et s’est mise en concubinage (le mariage n’existe pas chez les bribri). Son compagnon l’a violenté a maintes reprises mais comme Lidya n’a connu que « ça », elle n’a rien dit. Rien fait.

Flor continue, les yeux humides à me raconter l’histoire de sa petite sœur. Un jour, son compagnon l’a frappé comme à son habitude, devant sa fille pré-adolescente. Puis, il est sorti voir ses copains, laissant Lidya en sang. Au lieu de soigner ses blessures, la jeune femme désespérée a mis fin à ses jours. Elle avait 24 ans. Sa fille a tout vu.

Flor est choquée, le meurtre de sa sœur n’a pas été reconnu. Selon la loi, sa sœur s’est suicidée. N’ayant pas porté plainte auparavant pour dénoncer son compagnon, la cause de violence conjugale n’a jamais été reconnue. Même avec le témoignage de sa fille.

Flor m’explique que les lois existent mais qu’elles sont rarement appliquées, particulièrement dans les territoires éloignés comme celui où vit sa communauté.

Titre d'un journal datant d'Avril 2014 : "Le juge condamne à 6 mois de prison préventive le jeune qui a assassiné son ex-copine."
Titre d’un journal datant d’Avril 2014 : « Le juge condamne à 6 mois de prison préventive le jeune qui a assassiné son ex-copine. »

Le Costa Rica est l’un des pays avec le taux de violence conjugale le plus bas d’Amérique centrale, et pourtant des histoires comme celle de Lidya arrivent tous les mois.

Je quitte Flor émue, le cœur lourd et à la fois touchée par sa confiance. Je décide donc de mettre en pratique la « positivité » conseillée dans le Manuel pour les femmes. Je pense alors à Flor et autres passionnés qui se battent chaque jour pour que les inégalités cessent. Et y penser, ça redonne le sourire !

IMG_4823Pour en savoir plus sur cette ONG, voila leur site web : http://www.casaames.com/ . Uniquement en espagnol.

 

* 1000 femmes sont diagnostiquées chaque année au Costa Rica. Tendance en hausse. Source: Caja Costarricense de Seguro Social

 

 

Casa AMES (Asociacion de Mujeres En Salud) is located in a middle-class neighborhood of San José, capital of Costa Rica. This « house of women » was opened in 2000 to support women to develop themselves physically and mentally. The center hosts classes of Yoga, Reiki, natural medicine, but also offers psychological and gynecological consultations. As Socrates famous quote: « Know thyself », the organization promotes the well-being and health as a vehicle for empowerment.

I am greeted by the smiling Flor who worked for the last 8 years in the center. She explains that the « casa », working thanks to staff and volunteers, is fundraised by the cost of membership classes and through international assistance (for community programs), which unfortunately are now reduce more the country is developed.

One of the major projects of the NGO was a manual on breast cancer. Flor gave me a copy. It talks about the disease, its impact on women and their environment. Many tips are given to have a healthy body in a healthy mind. Co-written by Ana Arroba, anthropologist and founder of the Association AMES, the manual provides a complete perspective on prevention, empowerment and health. Similarly, it encourages women with the disease to participate in the discussion group held once a month in the AMES house. Everything in a colorful manual which emphasizes on the importance of being positive.

In parallel to this manual, the association organizes consultations and prevention workshops in the slums of San Jose. With the success of the Community program on the subject of cancer, AMES has extended its activity in disadvantaged neighborhoods, to prevent the rights and sexual health of young girls. Sex education and medical consultations as well as counseling prospectus are available. In these vulnerable areas, women are often single mothers at a young age and therefore they live in poverty. According to the United Nations Development Program, 40% of 280,000 households living under the poverty line in Costa Rica are held by single women.

Added at this poverty,domestic violence is often an issue. This theme should be treated soon by AMES, Flor hopes so. As in all Latin American countries, violence against women is a major problem. Flor knows well the subject, as she explained to me her childhood with a violent father.

Then she hesitated and finally she started to talk about her sister: Lidya. She was raped at the age of 12 within the Bribri Indian community where they grew up in the Talamanca region. The rape gave birth to a girl. Lidya has never recovered from this crime unpunished: in the community this subject is taboo so no complaint has been filed, even if the culprit is known. Lidya, unlike his sister, remained living in the community and started cohabiting (marriage does not exist in Bribri). His companion was repeatedly violent with her, but as Lidya has known only this environment, she said nothing. She did nothing. Flor has moist eyes as she is telling me the story of her little sister. One day, his companion bit her as usual, in front of her pre-teen daughter. Then he went out to see his friends, leaving Lidya bleeding. Instead of taking care of her injuries, the desperate young woman ended her days. She was 24. Her daughter saw everything.

Flor is frustrated, her sister murder was not recognized. By law, her sister committed suicide. Having not complained before to denounce her companion, the cause of domestic violence has never been recognized. Even with the testimony of her daughter.

Flor explains that laws exist but are rarely applied, especially in remote areas like the one where the community lives.

Costa Rica is the country in Central America with the lowest rate of domestic violence, and yet stories like Lidya arrive every month.

I leave Flor with emotions, sad and as well honored by such confidence. Thus, I decide to put into practice the « positivity » recommended in the manual for women. So I think about Flor and other enthusiastic persons who are fighting every day against inequalities. And thinking about it, gives me my smile back!

To learn more about this NGO, here is their website: http://www.casaames.com/. Spanish only