Virginia

 

Il y a des gens comme ça qui nous impressionnent dès les premiers instants où nous les rencontrons. C’est difficile d’expliquer pourquoi ils nous font cet effet : peut-être une prestance naturelle, une joie de vivre communicative, ou encore un regard malicieux. Ils parlent. On écoute. Avec admiration…

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Virginia commence par me parler de son association : Bocas School Project. Elle y travaille comme bénévole depuis la création en 1998. L’association a été créée par des retraités américains souhaitant aider les habitants de l’ile où ils vivent désormais. Un vrai paradis, d’où Virginia Vasquez est originaire : l’archipel Bocas del Toro, dans les caraïbes, à l’Est du Panama. Je crois que cela ne sert à rien de planter le décor, le mot Caraïbe parle de lui-même.

Isla Colon
Isla Colon

Bocas Del Toro était autrefois habité par un peuple indigène : les Ngobe-Bugle. Aujourd’hui ils sont toujours présents mais doivent désormais partager leurs iles avec des afro-caribéens et des occidentaux attirés par la douceur de la vie au bord de l’eau turquoise. Ce qui choque le plus dans l’archipel ce sont les commerces, hôtels et restaurants appartenant tous à des occidentaux. Le manque d’éducation, la non-connaissance de l’anglais et aussi, sûrement, un désintérêt pour le commerce, font que les natifs ont été vite dépassés et occupent désormais les petits jobs de l’archipel tout en souffrant de l’augmentation des prix.

Forte de ce constat et avec son diplôme de professeure, Virginia rejoint l’association et devient professeure d’anglais bénévole tous les après-midis pour les primaires et collégiens. Elle m’explique qu’elle se doit de donner du temps aux autres car elle a reçu une bourse pour étudier aux Etats Unis ; elle est donc redevable envers son pays.

Les trois quarts de l’économie du Panama proviennent du secteur tertiaire regroupant le canal du Panama et le tourisme. Il est donc nécessaire pour la population de connaître l’anglais pour en profiter. En 2008, après quelques années où l’association fonctionne bien et s’étend à travers 6 îles de l’archipel, le gouvernement se décide enfin à mettre des cours d’anglais obligatoires aux programmes des élèves. Néanmoins, certains instituteurs ne parlent pas anglais et n’ont pas de supports pour donner les cours. Virginia leur donne alors bénévolement des leçons et leur fournit des cours qu’elle rédige pour qu’ils puissent enseigner.

Carte de l'archipel
Carte de l’archipel

Les fonds de l’association qui jusqu’alors servaient au cours d’anglais, ont donc été dirigés vers d’autres besoins tout aussi importants. L’association finance aujourd’hui de la nourriture, puisqu’ une partie des élèves arrivent le ventre vide (30% de la population vit sous le seuil de pauvreté), des fournitures (cahiers, livres, crayons, uniformes) ou des salles informatiques.

Virginia est toujours active dans l’association, c’est une femme pleine de ressources. En plus de son entreprise de Gestion administrative pour expatriés, elle continue à exercer son métier de professeur au collège de l’île principale. Son entreprise, avec ses 7 employés, est bien plus rentable mais enseigner est « sa passion », alors elle continue…

Collège de Bocas
Collège de Bocas

Tous les après-midis, elle enseigne aux élèves du collège de l’Isla Colon, une matière qui n’existe plus en France. Une sorte d’Education civique (gestion du foyer), où l’enseignante apprend la couture, la cuisine, à gérer un compte bancaire, la politesse et autres, à ses élèves. Preuve que je suis en train de parler à une passionnée, elle me dit qu’elle a engagé une assistante avec son propre salaire pour séparer sa classe en deux. En effet, apprendre à cuisiner à 40 élèves dans une petite salle, c’est mission impossible ! Virginia paye donc une autre personne pour constituer des ateliers : quand un groupe apprend à cuisiner l’autre apprend la couture.

Néanmoins elle n’a aucun budget pour réaliser son cours alors elle fait appel à ses donateurs pour aménager sa salle de classe. Celle-ci ressemble à la personnalité de Virginia. La salle est gaie et colorée. Désormais elle est équipée aussi de frigos, de fours, de plaques à gaz, bref, tout pour que les collégiens deviennent de vrais cordons bleus. Le matin, la « cuisine » sert aussi aux employés de l’école pour préparer le déjeuner qui, pour certains élèves, sera le seul repas de la journée. La salle de couture a quant à elle été financée grâce à un Américain qui, pour son décès, a demandé à ses amis, non pas des fleurs, mais de l’argent pour financer une salle. Une plaque en son honneur décore la pièce remplie de vieilles machines à coudre Orient.

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Une élève entre dans la salle en nous saluant et en demandant l’autorisation de parler. Le respect dû aux professeurs existe donc toujours! Virginia lui demande comment sa mère a réagi quand elle lui a annoncé qu’elle attendait un enfant. La jeune fille répond en gloussant ‘elle a flippééééé !’. Non, cette étudiante n’est pas enceinte, il s’agit d’un exercice. Chaque élève doit s’occuper pendant une semaine d’un œuf symbolisant un bébé. L’éducation sexuelle est aussi au programme…

Virginia qui a commencé jeune à travailler est à quelques années de la retraite. Je trouve cela bizarre, je lui donne à peine 40 ans. avec son grand sourire. Ça ne se fait pas mais tant pis, je lui demande son âge. Elle a 51 ans. Je n’en reviens pas. Elle souhaite, une fois à la retraite, avoir plus de temps pour l‘association et elle aimerait aussi s’engager dans d’autres programmes pour l’archipel. Je me demande quand elle s’arrêtera. Sûrement jamais. Partager la rajeunit !

Virginia dans sa classe
Virginia dans sa classe

 

Si vous voulez aider l’association Bocas School Project, soutenue par une ONG américaine :

http://oneworldchildrensfund.org/projects/bocas-school-project/

There are people that impresses us from the first moment we meet them. It is difficult to explain why they have this effect, it may be a natural presence, a joie de vivre, or a mischievous look. They speak. We listen. With admiration …

Virginia starts telling me about her association Bocas School Project. She works as a volunteer since its start in 1998. The association was founded by retired Americans wishing to help the inhabitants of the island where they now live. A paradise where Virginia Vasquez is from: Bocas Del Toro Archipelago in the Caribbean, east of Panama. I think it is useless to set the scene, the word Caribbean speaks for itself.

Bocas Del Toro was once inhabited by indigenous people: the Ngobe-Bugle. Today they are still present but must now share their islands with Afro-Caribbean and Westerners attracted by the sweetness life along the turquoise water. What impress the most in the archipelago are the shops, hotels and restaurants all belonging to Westerners. Lack of education, lack of English knowledge and also, probably, a disinterest in trade, made native quickly overwhelmed and now they occupy mostly small jobs while suffering from increasing price.

Based on this fact and with her graduation as professor, Virginia joined the association and became a volunteer English teacher, every afternoons, for elementary and middle school students. She explains that she wants give time to others because she received a scholarship to study in the United States; she is indebted to her country.

Three quarters of Panama’s economy come from the tertiary sector through the Panama Canal and tourism. It is indeed necessary for the people to know English. In 2008, after a few years when the program was successful and extended through 6 islands of the archipelago, the government finally decided to put compulsory English course at school. Nevertheless, some teachers did not speak English. Virginia then voluntarily gave courses to teachers and provided them with lessons to enable them to teach.

The funds of the association previously used for English classes, have been directed to other equally important needs. The association finances currently food, since a part of the students arrive with an empty stomach (30% of the population lives below the poverty line), supplies (notebooks, books, pens, uniforms) or computer rooms. Virginia is still active in the association, it is a woman full of resources.

In addition to her property management company for expatriates, she continues to practice her profession as professor in the College of the main island. Her company with 7 employees is much more profitable than her teacher job, but it is her passion so she continues it.

Every afternoon she teaches college students of Isla Colon, a material that no longer exists in France. Household management, that includes teaching sewing, cooking, sex education, and other practical knowledge to her students. A proof that I am talking to a passionate, she said she hired an assistant with her own salary. Indeed, learning to cook to 40 students in a small room, it is mission impossible! Virginia therefore pay someone else to be able to separate the class in two. When a group learns how to cook the others learn how sewing.

However, the school has no budget to achieve its course so Virginia appeals to donors to arrange her classroom. It looks like her personality. The room is cheerful and colorful. Now it is also equipped with fridges, ovens, gas hobs, and anything for college students become real chef! In the morning, the « kitchen » is also used for school staff to prepare lunch that for some students will be the only meal of the day. The sewing room was funded by an American that ask his friends at his death, not giving flowers, but money for a room. A plaque in his honor decorates the room filled with old Orient sewing machines.

A student enters the room welcoming us and asking permission to speak. Respect for teachers still exists! Virginia asked how her mother reacted when she told her she was expecting a child. The girl replied, chuckling “she was scarreeedddd!!!”. No, this student is not pregnant, it is an exercise. Each student must take care for a week of an egg symbolizing a baby. Sex education is also taught …

Virginia who started working really young, is a few years from retirement. I find it odd, I give her no more than 40 years old. It is not polite but whatever, I asked her age. She is 51 years old. I cannot believe it. Once she retires as a professor, she want to give more time to Bocas School Project and she also wants to be more engaged in other programs for the archipelago. I wonder if one day she will stop. Probably never. Sharing rejuvenates!

If you want to help the association Bocas School Project, supported by an American NGO: http://oneworldchildrensfund.org/projects/bocas-school-project/