J’ai beaucoup entendu parler des difficultés de carrière qu’ont les femmes, selon certains c’est parce qu’elles sont moins carriéristes, moins empreintes à la prise de décision ou encore tout simplement moins bonnes. Dans mon entourage, j’ai pourtant bien des cas qui me montrent le contraire mais il est vrai qu’au moment de la maternité, beaucoup de femmes s’interrogent et doivent faire des choix.
A Cordoba, j’ai eu la chance de faire connaissance avec Daniela Bobbio. Une jeune femme, la trentaine passée, qui est aujourd’hui à la tête du Centre Culturel Espagnol à Cordoba. Cordoba est la deuxième ville de l’Argentine, au centre du pays, connue pour ses nombreuses églises et couvents.
Daniela a commencé à travailler au centre culturel en 2006, elle s’occupait de la Bibliothèque du centre et de ses animations. Elle a fait en sorte que la bibliothèque devienne plus accessible et que le centre qui était connu pour être un peu « élitiste » ouvre ses portes à toutes les couches sociales. Son travail fut récompensé, on lui propose 5 ans plus tard le poste de directrice du centre.
A la même époque, Daniela donne naissance à Roque, aujourd’hui âgé de deux ans et demi. Deux mois après la naissance, elle reprend le travail pour gérer l’équipe du centre composée d’une trentaine de personnes. Elle me raconte être alors confrontée à la dure réalité de la maternité. Premièrement, elle est à peine remise de son accouchement qui a été violent puisqu’une césarienne lui a été imposée. C’était un vendredi soir, l’équipe médicale voulait partir en week-end… Deuxièmement, Daniela a fait le choix de donner le sein à Roque, mais quand on travaille à temps plein cela requiert de nombreux aménagements.
Sûre de ce qu’elle voulait pour son fils, elle a donc imposé son allaitement à son entourage personnel et professionnel. Elle me raconte avoir prévenu ses collègues : « Si la porte de mon bureau est fermée, c’est que je me tire du lait ». La nature l’emporte sur la pudeur, elle se voit sortir de réunion si son corps le lui réclame. A ceux qui l’ont critiquée par son manque de prestance à cette époque, elle rétorque que « Les enfants font partie de la vie. On peut séparer le privé du professionnel mais on ne peut pas le nier! ». Quand un dossier doit être terminé dans la soirée et que son compagnon a lui aussi un engagement, Daniela va chercher son fils à la garderie et elle l’installe dans son bureau.
C’est une jeune femme intelligente, elle est consciente d’avoir pu allaiter son fils jusqu’à deux ans parce qu’elle est la directrice. De même, avec son compagnon, ils ont aménagé leurs horaires pour pouvoir se répartir les tâches – un luxe ! Elle regrette donc que dans notre société, il existe encore ce genre d’obstacles pour les femmes: « de plus en plus de femmes ont un enfant et travaille, il serait temps de changer les mœurs et adapter le monde du travail en conséquence. »
Ses collègues que je rencontre aussi, me disent qu’à cette époque certains « oui » étaient mal à l’aise mais qu’ils ont dû s’habituer et « tant mieux »! Ce sont en majorité les hommes qui ne comprennent pas les difficultés d’allier maternité et travail mais comme le dit si bien Daniela : « Les femmes veulent une société égalitaire et se plaignent du machisme. Ce sont pourtant elles qui élèvent ces machos… »
Le centre culturel fonctionne bien depuis que Daniela en a pris les rênes, même si avec la réduction des budgets, il est parfois difficile de concrétiser certains projets. Les débuts ont néanmoins été difficiles, elle me fait part de la difficulté étant une jeune femme d’être prise au sérieux face à certains interlocuteurs. Aujourd’hui, l’équipe la soutient beaucoup, il y a une bonne ambiance qui règne dans les bureaux.
Au fil de la conversation avec elle et ses collègues, elles me font part de leur inquiétude face au manque de moyens pour combattre les inégalités hommes / femmes. Avec la crise que connaît l’Argentine, la violence conjugale et les féminicides ont augmenté. D’ailleurs, il n’y a même pas de statistique officielle sur le sujet. Cela reste un sujet tabou dans un pays à la culture patriarcale.
Daniela pense aujourd’hui à avoir un deuxième enfant, mais elle a toujours peur pour l’accouchement. Elle s’est renseignée, ce qu’elle a vécu arrive à de nombreuses femmes : « l’accouchement est devenu très médicalisé, on en perd sa beauté ». Si cela arrive, elle fera donc appel à une association de femmes (RED DE DOULAS CORDOBA) qui aide à l’accouchement et prépare les mères pour que la naissance reste un beau moment de vie.
En + de cet article, je vous conseille cette vidéo qui fait bien réfléchir!


