La Patagonie Chilienne est moins connue que sa voisine Argentine à cause de sa difficile accessibilité. Il existe bien une route qui la traverse « presque » entièrement mais elle est en grande partie faite de terre et de cailloux. Il faut donc être téméraire et patient pour visiter cette partie au Sud du Chili. Seuls quelques bus arpentent cette route souvent remplie de locaux qui se déplacent pour raisons commerciales. La carretera Austral parcourt donc 1200Km de Puerto Montt à Villa O’Higgins, l’extrême Sud du continent Américain. 1200km de paysages fabuleux : un mélange de grands arbres rougissant à la venue de l’automne, de rivières bleu turquoise descendant tout droit des glaciers, de montagnes de roches marrons, et par ci par là quelques cabanes où on imagine vivre les propriétaires des vaches et chevaux que l’on croise sur notre route.
Je suis arrivée à Puerto Rio Tranquilo après des heures de routes. Je suis habituée, ici on ne compte pas en km les trajets mais en heure. Heureusement, le paysage fait perdre la notion du temps. Ce village, situé à un peu plus de la moitié de la carretera Austral, compte une trentaine de maisons. Il est aux bords du Lac General Carrera, le plus grand plan d’eau du Chili (3 fois le lac Léman) dont une partie appartient à l’Argentine voisine.
Dans ce village à l’eau bleu claire dont la couleur fait concurrence aux plus belles îles du monde, on croise quelques touristes. Certains remontent d’avoir été visité les glaciers du Sud de la Patagonie, d’autres s’y rendent et certains, comme moi, viennent visiter la «Capilla de Marmol », des falaises de marbres mangées par l’érosion. Un chassé-croisé qui dure le temps d’un été et dont les habitants de la région d’Aysen profitent. Avec le tourisme qui se développe grâce au projet de rénovation de la route entreprit par le gouvernement, les habitants ont ouvert quelques commerces, restaurants et auberges. C’est le cas d’Amanda Sobarzo qui tient une « hospedaje » dans ce village au pied de la montagne. Dans sa maison d’hôtes, au bout du village, il y a 5 chambres sommaires. Amanda a aussi des tables dans son salon où elle peut servir le dîner à ses hôtes. Elle accueille en plus quelques touristes de tours organisés qui s’arrêtent déjeuner avant de reprendre la route. Elle est propriétaire de son auberge depuis plus de vingt ans. L’unique propriétaire, me précise-t-elle toute fière.
Amanda a créé son commerce il y a plusieurs années, quand sa fille aînée avait 12 ans et était donc assez grande pour s’occuper des deux plus petits de la famille. Au début, elle ne louait qu’une chambre et au fur et à mesure elle a agrandi. Avant ça, elle était mère au foyer et s’occupait de la maison quand son mari mécanicien travaillait. C’est de sa propre volonté et avec l’accord de celui-ci qu’elle commence son affaire. Son mari, que je rencontrerai plus tard, est très fier : sa femme travaille et c’est tant mieux ! Chacun est libre, gagne son argent et dépense son argent comme il le souhaite. Un couple moderne, approchant de la soixantaine, qui fait compte séparé ! C’est à l’opposé de l’image qu’il me renvoie.
Elle, discrète portant une charlotte sur la tête et un tablier ; lui, portant un béret, les mains noircies par le travail effectué au garage pendant la journée. Victor me souligne que « chacun a le droit de travailler, hommes et femmes ». Pourtant, Amanda m’a bien fait comprendre auparavant que ça n’a pas été si facile, « les chiliens sont machos » me dit-elle. Il y a peu de femmes entrepreneuses à Puerto Rio Tranquilo, c’est une région reculée. Peu ont fait des études car il faut aller en « ville » et cela coûte cher. Aujourd’hui, le gouvernement aide ces populations mais au temps d’Amanda et de ses enfants qui approchent de la quarantaine, ce n’était pas le cas. Après son lycée, Amanda s’est mariée et a eu son premier enfant. Si c’était à refaire elle ferait des études de commerce, car c’est ce qu’elle aime. Passionnée, elle ne se voit pas arrêter un jour, le commerce elle l’a dans la peau. Elle espère même agrandir son auberge, quand la mairie aura enfin mis en place un système d’assainissement des eaux usées et qu’elle aura donc plus de place au fond du jardin, aujourd’hui occupé par des cuves pour recycler l’eau.
Amanda a un fort tempérament. Elle est heureuse de tenir son propre commerce et d’être indépendante, néanmoins elle rechigne auprès de son mari qui ne met jamais un pied dans la cuisine familiale. « Il faut être organisé quand on est maman, femme et responsable de son affaire » me confie-t-elle avec malice… Un fait universel, il faut croire !
Chilean Patagonia is less known than its Argentinian neighbor because of its difficult accessibility. There is indeed a road that crosses « almost » completely the region but it is largely made of earth and stones. So, be bold and patient to visit this part of the south of Chile. Only a few bus roam this road, often filled with locals moving for commercial reasons. The carretera Austral therefore travels 1200km from Puerto Montt to Villa O’Higgins, the extreme south of the American continent. 1200km of fabulous landscapes: a mixture of tall trees blushing at the coming of autumn, turquoise rivers descending straight from the glaciers, mountains of brown rocks and small villages where main transportation are horses.
I arrived in Puerto Rio Tranquilo after a bus drive that lasted few. I’m used to, here we do not count journeys in km journeys but in time spending. Fortunately, the landscape make you lost the reality. This village, located a little over half of the Carretera Austral, has thirty houses. It is on the banks of Lake General Carrera, the largest lake in Chile (3 times Lake Geneva), part of which belongs to neighboring Argentina.
In this village with clear blue water whose color competes with the most beautiful islands of the world, we meet some tourists. Some are coming back north after visiting glaciers in southern Patagonia, others go there and some, like me, come to visit the « Capilla de Marmol » marble cliffs eaten by erosion. A crossover that lasts for a summer and whose inhabitants of the Aysen region benefit. With tourism people have opened a few shops, restaurants and inns. This is the case of Amanda Sobarzo holding a « hospedaje » in this village at the foot of the mountain. In her guest house at the end of the village there are 5 basic rooms. Amanda also has tables in the living room where she can serve dinner to guests.
She is the owner of the inn for over twenty years. The sole owner, she is very proud of it. Amanda has established her business there several years ago, when her eldest daughter was 12 years old and was therefore old enough to babysit her sisters. At first, she rented a room and byt the years, it gows. Before that, she was a housewife and took care of the house when her husband was working mechanic. It is of her own volition and with the agreement of her companion she started. Her husband, whom I will meet later, is very proud. Everyone is free, earn money and spend his money as they wish. A modern couple, approaching sixty, which has separated account! This is the opposite of the image we can have. She is discreetly wearing a shower cap on her head and an apron; him, wearing a beret, his hands blackened by the work done in the garage during the day.
Victor stresses me that « everyone has the right to work, men and women. » However, Amanda tols me before that it was not so easy, « Chileans are macho, » she said. There are few women entrepreneurs in Puerto Rio Tranquilo. Few inhabitants have studied, it is too expensive to go into « town » for it. Today, the government is helping these people but at the time of Amanda this was not the case. After her high school, Amanda was married and had her first child. “If I had to redo it would study business”, because that is what she loves. Passionate, she does not see her retiring. She actually hopes to expand her hotel when the mayor will finally set up a wastewater treatment system that will allow her to have more space in the garden- now occupied by tanks to recycle water.
Amanda has a strong temperament. She is happy to have her own business and being independent, even though she balks at her husband who never help in the family kitchen. « You have to be organized when you’re mom, wife and manager» she says mischievously … Definetly a universal fact!

