C’est au marché de la ville d’Ancud que je rencontre Soledad. C’est une ville proche de l’embarcadère qui relie l’île de Chiloé au continent, dans le Sud du Chili. La 2ème plus grosse île d’Amérique du Sud, avec ses 200Km de long et 50km de large, est située juste au-dessus de la région des fjords de la Patagonie chilienne. J’ai beau être dans l’hémisphère Sud, cette île a des faux-airs de Norvège, avec sa mer, ses moutons, ses dizaines d’îlots et ses maisons sur pilotis multicolores (palafitos).
L’économie locale fonctionne principalement de l’exploitation de la terre et de la mer. Ancud, ville côtière, a donc une grande partie de son ‘mercado central’ dédié aux produits provenant de la pêche de la veille. C’est là que Soledad Curumia tient son étal de poissons. Elle n’est pas propriétaire, elle exploite un stand qu’elle loue à la mairie. Tous les soirs, elle se rend à la criée avec son mari pour acheter le poisson frais qu’elle vendra le lendemain. Son étalage a du succès, deux mères de famille viennent y acheter saumons et palourdes. J’apprends alors que le Chili est le 2ème exportateur mondial de saumon après la Norvège. [Décidément, la Norvège !] Il y a aussi un pêcheur qui arrive avec son seau rempli de poulpes, fraîchement pêché, que Soledad achète pour remplir son étal qui a déjà bien diminué en quelques heures. Je ne verrai pas son mari, pourtant il travaille avec elle. La cohabitation au travail se passe à merveille me dit-elle en ricanant, gênée. Ils sont tous les deux originaires de l’ile de Chiloé et comptent y passer le reste de leur vie. Son rêve serait d’avoir sa propre poissonnerie avec des employés et une surface plus grande. Mais bon… c’est un rêve précise-t-elle, le plus important c’est que ses deux fils soient en bonne santé. Elle considère que même si les hommes de la région sont « machos », il est plus facile de vendre en étant une femme puisque c’est justement les femmes qui font les courses*!

Je le constate, le marché est rempli de femmes, souvent accompagnées de leurs enfants, qui profitent de la multitude de produits que l’on trouve sur ce marché. Ce qui me surprend dans les échoppes ce sont des ronds compacts, ayant un peu la forme d’un gâteau, mais d’une couleur moins bien appétissante puisqu’ils sont vert foncé / marron. On me dit que ce sont des algues de la région, séchées puis moulées, qui sont utilisées pour la cuisine.
Plus tard dans la journée et dans une autre ville de l’île, je rencontre, à nouveau, un couple qui travaille en harmonie. Luzmira et Pedro Mumoza Martin sont ramasseurs d’algues – justement ! L’industrie des algues a explosé ces dernières années dans la région, notamment grâce à l’augmentation des exportations vers le Japon. Le Chili est d’ailleurs le premier fournisseur d’algues en Asie. Il est donc courant sur les plages de l’île, à marée basse, de voir des dizaines de personnes marcher, un sac de jute à la main et récolter les algues sauvages qu’ils trouvent. C’est ce que fait donc Luzmira, accompagnée de son mari et souvent de ses fils. Il s’agit seulement de quelques heures par jour car ils sont dépendants de la marée. Ils gagnent peu d’argent. Premièrement, il y a beaucoup de concurrence, des amis ne sont pas très loin en train de mettre en forme leur récolte du jour ; puis le Chili a développé l’aquaculture qui produit massivement des algues. De plus, comme pour me prouver qu’elle ne gagne pas bien sa vie, elle me dit qu’elle est le premier maillon d’une grande chaîne. Elle ne vend pas directement aux Asiatiques, mais à un fournisseur qui se chargera de sécher les algues et ensuite de les vendre en grande quantité à l’exportation. Je lui demande si elle a déjà goûté des plats Japonais, car après tout c’est ça qui lui fait gagner sa vie. Elle pouffe de rire en disant qu’elle a déjà gouté des sushis mais que ce n’est vraiment pas bon !
Malgré ce travail physique Luzmira est contente de ce qu’elle fait, elle a d’ailleurs poussé ses deux fils à faire la même chose pour gagner de l’argent, puisqu’ils n’ont aucun diplôme. Son mari, lui, écoute notre conversation, allongé sur le sable, mains sur le ventre, casquette recouvrant son visage. Je crois que je l’ai réveillé de sa sieste….
*En France : 80% des tâches domestiques sont aujourd’hui encore assurées par les femmes au sein des couples hétérosexuels. Source : Insee
In the city market of Ancud, I met Soledad. This is a town near the pier that connects Chiloe Island to the mainland, in southern Chile. The second largest island in South America, with its 200km long and 50km wide, is located just above the Chilean Fjords region. I ‘m in the southern hemisphere, but it seems I am in Norway, with its sea, dozens of small islands, sheep and multicolored houses on stilts ( palafitos ) . The local economy works mainly thanks to land and sea products.
Ancud, a coastal city, has a big part of its ‘central mercado’ dedicated to products coming from the fishing of the day before. This is where Soledad Curumia holds her fish stall. She does not own it, she is leasing it from the city hall. Every evening, she is going to the auction with her husband to buy fresh fish that they will sell the next day. Her display is successful, two mothers come to buy salmon and clams. Then, I learn that Chile is the second exporter of salmon after Norway [ Definitely , Norway !] There is also a fisherman who arrives with his jump filled of octopus, freshly caught, that Soledad buys because her stall has been significantly reduced within hours. I will not see her husband, even if they work together. Cohabitation at work is going well she said giggling and embarrassed. They are both from Chiloe Island and planned to spend the rest of their lives there. Her dream is to have her own and large fish store with employees. But, it is just a dream, she reminds me. The most important thing is that her two sons are healthy. She considers that even if the men in the region are » macho « , it is easier to sell being a woman because it is precisely women who have the chore to buy the family food * !
She is right, the market is full of women, often accompanied by their children, who enjoy the variety of products found on the market. What surprises me in the stalls, are compact cercles, a bit the same shape that a cake, but less appetizing because of their color dark / brown green. It is alga from the region, dried and molded, which are used for cooking.
Later in the day, in another town on the island, I met again a couple working in harmony. Luzmira and Pedro Martin Mumoza are justly collecting algae! The seaweed industry exploded the last years in the region, thanks to exports to Japan. Chile is also the leading supplier of algae in Asia. It is therefore common on the beaches of the island, at low tide, to see dozens of people walking, with a bag and collecting wild algae.
This is what Luzmira is doing, accompanied by her husband and often her son . It is only a few hours a day because they are dependent on the tide. They earn little money. First, there is a lot of competition, friends are not far finishing packing their harveting, then Chile has developed aquaculture producing massive algae. Furthermore, as if she wanted to prove me that she doesn’t earn a good living, she said she is the first link in a long chain. She does not sell directly to Asians, but to a provider who will dry the algae and then sell them in large quantities for export. I asked her if she already enjoy Japanese food, because after all, that’s what makes her living. She giggles, saying she already tasted sushi but that it’s really not good!
Despite this physical work Luzmira is happy with what she does, she has also pushed her two son to do the same to make money without diploma. Her husband is listening to our conversation, lying on the sand, hands on belly, hat covering his face. I think I woke him up from his nap ….
*80% of household tasks are still performed by women in heterosexual couples. Source: Insee

